On a roulé sur l’autoroute !

« Français ? Autopapier [en allemand et en montrant mon vélo] ! »

Les douaniers albanais font des blagues, ça commence bien ! On met les pédales en Albanie avec pour la première fois très peu d’attentes. Nous n’avons aucune idée de ce que nous allons découvrir lors de cette nouvelle étape de notre voyage. On sait juste qu’on y parle albanais, qu’on y paie en leks (1€ vaut environ 140 leks), que la capitale est Tirana et que le pays a longtemps été communiste. Voilà. Alors quel dépaysement quand on quitte le Monténégro très touristique et qu’on débouche sur une plaine essentiellement agricole au nord de Tirana !

Nous sommes tout de suite marqués par les champs, dans lesquels on voit peu d’engins agricoles : beaucoup de travail manuel et des animaux de trait. On croise aussi beaucoup de personnes, souvent des femmes ou des adolescents, qui conduisent des troupeaux sur les chemins. Une dizaine de bêtes maximum, souvent un mélange de vaches et de moutons.

Champs à Përrenjas

Champs à Përrenjas

Nos premiers contacts avec les albanais sont très chaleureux : tout le monde nous salue ! Chaque hameau a son petit café avec terrasse, où on aperçoit les habitués (quasiment toujours des hommes). Parfois, l’un d’entre eux nous invite à le rejoindre pour boire un café. Mais difficile de faire comprendre que le café, nous, on n’aime pas ça… Oui, il est souvent difficile de communiquer en Albanie, la majorité des adultes que nous avons rencontrés ne parlaient que très peu anglais. Certains parlent un peu italien ou allemand, de quoi nous faire réviser !

Lezhë

Lezhë

En revanche, les enfants, eux, n’hésitent pas à nous aborder, souvent en anglais. On traverse les villages au milieu des cris « Hello ! », « What’s your name ? », « Where are you from ? » et même « What’s your favorite color ? ». On se prête au jeu, ce qui les fait exploser de rire. Ils sont quand même un peu timides… Nous adorons ces échanges, souvent très courts mais marquants. Nous sentons que nous représentons une occasion pour eux de pratiquer leur anglais en situation réelle, mais aussi d’assouvir leur curiosité. Nos pauses déjeuner sur le bord de la route peuvent aller jusqu’à créer de véritables attroupements.

C’est d’ailleurs la curiosité d’une enfant qui nous a permis de rencontrer nos premiers hôtes en Albanie : alors que nous passions devant une maison dans un tout petit village, j’ai aperçu une petite fille qui courrait pour mieux nous voir. Il se fait déjà tard, pourquoi ne pas aller demander à ses parents si nous pouvons camper dans leur jardin ? Entre anglais et gestes, Rémi réussit à se faire comprendre et la maman accepte sans hésiter ! Elle fait ainsi au moins trois heureux : la petite nous regarde nous installer avec un grand sourire. Plus tard, avec l’aide de son grand frère, elle peut nous annoncer : « My name is Jessica ! ». Ca colle tout de suite, avec elle et le reste de la famille.

Merci à Flora, Albi et Jessica !

Merci à Flora, Albi et Jessica !

Finalement nous sommes invités à partager leur repas et même à dormir dans un lit ! Nous partageons la soirée de cette famille d’agriculteurs, entre le moment de rentrer les bêtes (Jessica nous épate en dirigeant une vache comme une pro) et le repas : premier burek pour Rémi, et il est fait maison ! Flora, la maman, a l’air de trouver que je ne mange rien, et me remplit mon assiette elle-même ! Que de chaleur et de générosité… Nous en sommes super touchés, et ne pouvons que répéter « faleminderit » (merci en albanais). Le lendemain pour le petit dej, nous avons même droit à du lait frais ! Miam !

Un repas de rois !

Un repas de rois !

L’Albanie, ce sont aussi des routes mémorables, autant par leur état que par les véhicules qu’on y croise. On reste sur du bitume, mais souvent en mauvais état : gros trous, pierres ou boue sur la chaussée. Ajoutez une bonne pluie, et nous voilà bien contents d’avoir choisi des pneus de VTT (et des sacoches étanches !). Nous ne sommes pas les seuls à emprunter ces routes, loin de là, mais on s’y sent tout à fait en sécurité. Les voitures, bus et camions doublent vraiment largement, ce qui pour nous représente un luxe (surtout après le Monténégro !). Cela est sans doute dû au fait que nous ne sommes pas les seuls véhicules lents sur la chaussée : on y trouve beaucoup de vélos, des scooters et mobylettes, mais aussi des charrettes à bras, tirées par des chevaux ou même poussées par des mobylettes ! Tout ce petit monde ralentit bien le trafic, surtout en ville.

C'est bien Niels, merci pour la route !

C’est bien Niels, merci pour la route !

Nous avons d’ailleurs beaucoup apprécié notre arrivée à Tirana, la capitale. La 2×3 voies qui permettait d’entrer dans la ville nous a paru un itinéraire facile : les automobilistes roulent doucement, et surtout laissent la voie de droite libre pour tous ces véhicules atypiques et les bus qui récupèrent ou déposent leurs passagers. De la même façon, nous avons pu rouler sur ce qui ressemblait fortement à une autoroute (à ne pas reproduire en France !!!), car la voie de droite y était entièrement réservée aux véhicules roulant à moins de 40 km/h. Nous y avons croisé une charrette à bras et des enfants se rendant à pied jusqu’à leur arrêt de bus. Une vision assez surréaliste pour nous !

Përrenjas

Përrenjas

Cette autoroute nous conduit vers les montagnes au sud de Tirana. Après deux jours de plaine, on est presque contents de retrouver du relief ! Ça ne rigole pas, et quand la pluie s’en mêle, les montées ne sont plus tout à fait une partie de plaisir. Heureusement, on fait aussi de belles rencontres dans les montagnes : après cette restauratrice qui nous accueille comme deux petits chatons mouillés et nous allume un poêle pour nous réchauffer, nous rencontrons aussi une jeune fille de 13 ans qui nous interroge sur notre voyage dans un anglais excellent, puis nous offre des grenades, le tout sous la pluie. De quoi nous faire oublier quelques instants le mauvais temps et mon mal de ventre !

Vue sur Lin et le lac d'Ohrid

Vue sur Lin et le lac d’Ohrid

Heureusement, même à travers les gouttes, les paysages sont magnifiques, et c’est même sous un beau soleil que nous pouvons parcourir nos derniers kilomètres en Albanie, au bord du lac Ohrid, partagé avec la Macédoine. Derniers instants dans ce pays qu’on quitte avec un sentiment de trop peu… On les passe en terrasse à déguster de bons bureks (à environ 30 centimes d’euros…). Notre voisin nous offre des pommes en dessert, en faisant signe que ça nous aidera à pédaler. De l’Albanie, on oubliera la pluie, les grosses montées et la maladie, et on retiendra la nourriture, le confort relatif de la route et surtout les sourires et les superbes rencontres ! Faleminderit !

Byreks(pour voir toutes les photos, c’est par ici)

7 commentaires

  1. je pense que Salomé va mieux – nous sommes très heureux d’avoir de vos nouvelles régulièrement – on constate que l’accueil est chaleureux -bonne continuation
    bisous à vous 2 –
    antoine – Yvonne et jo

  2. La distance parcourue est maintenant bien visible à travers vos photos: villes et campagnes prennent d’autres visages (patchwork de champs tout en longueur…)…. Que vous nous faites partager, toujours pour notre plus grand plaisir… Merci pour ces récits et anecdotes! Que le temps vous soit clément, après ces épisodes bien pluvieux; que les maux se fassent tout tout tout petits; que les belles rencontres continuent à jalonner votre route.
    Pensées et gros baisers,
    Nathalie

  3. Merci Salomé !
    Après les burgers à 2€, les Bureks à 30 centimes. Vous allez être embauchés par Le Routard !
    J’ai très envie de visiter l’Albanie, à pied et sac à dos ….vous me donnez des envies de découverte.
    Gros bisous à vous 2.

  4. Bonjour Salomé,
    Vous allez nous transformer en accroc du sac à dos et du vélo… Vous nous donnez des envies en tous cas….
    Est ce que je peux faire une petite demande… Je suis un peu fan de plantes, d’arbres, d’odeurs, tout ça… Est ce que vous pourriez nous donner des petites infos là dessus des fois aussi.
    Bises également à vous deux….

  5. Nous avons eu les mêmes impressions que vous sur ce pays à l’accueil extra-ordinaire. Nous avons eu la chance de pouvoir faire les foins avec une famille avant de quitter l’Albanie pour le Kosovo en passant par le lac Komani en ferry. Une sacrée expédition! Au Kosovo même régime, même accueil. Nous sommes loin des images de guerre que nous avions en tête. Encore un beau pays qui mérite d’être mieux connu! Belles routes et rencontres!

  6. L’Albanie est un pays qui ne m’a jamais attiré mais là ça donne vraiment envie d’y aller… Merci. 🙂

  7. N’hésite pas, ça en vaut vraiment le détour !

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