« Çai, çai, çai ! »

Salomé étant très occupée à réfléchir à l’écriture d’un article sur l’Iran, c’est à moi qu’incombe la tâche de relater notre séjour de 20 jours (et oui !) à Istanbul. Située à cheval sur le détroit du Bosphore, cette ville marque notre passage d’un continent à l’autre, de l’Europe à l’Asie.

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La Turquie, enfin !

Arrivés en Turquie par la frontière grecque, nous comptions rejoindre Istanbul à vélo. C’était sans compter sur le vent qui, à peine sortis de la ville d’Ipsala, nous ballotte dans tous les sens sur la route. On décide de s’arrêter dans la ville de Keşan à quelques kilomètres de là dans l’espoir de trouver un bus vers Istanbul. A peine entrés dans le terminal, on se fait alpaguer par une dizaine de personnes travaillant tous pour des compagnies différentes et tentant chacun de nous attirer dans la sienne. « Ankara ! », « Istanbul ! » : après avoir peiné un peu et failli s’embarquer dans le mauvais bus, on case tant bien que mal les vélos dans la soute, et c’est parti pour les quelques 200 kilomètres qui nous séparent d’Istanbul.

Au terminal de bus : les bureaux des différentes compagnies

Le terminal de bus d’Istanbul et ses dizaines de compagnies

Les bus turcs sont luxueux : prise électrique, films, WiFi… Avec ses arrêts fréquents, le voyage nous prendra au total six heures. On aperçoit au loin les grands gratte-ciels d’Istanbul, avant de s’enfoncer dans cette ville immense au trafic incroyable. Immense, c’est le mot : il nous faudra plus de deux heures pour traverser la ville et être enfin déposés côté asiatique. Il est 20h, il fait nuit, on ne sait pas où on est et il y a des voitures partout, mais on finit par se frayer un chemin jusqu’à l’appartement de Hüseyin, notre hôte génialissime qui nous tolérera pendant tout notre séjour dans la ville.

Princes Island

Merci Hüseyin !

Pendant une petite semaine, on partagera notre chambre avec Fred, un Français vivant en Suède parti pour un voyage d’un an vers Le Cap, en Afrique du Sud. Hüseyin nous a fait découvrir de nombreux quartiers d’Istanbul, nous a emmené au cinéma, au restaurant… Nous avons regardé un nombre incalculable de films dans son appartement, pédalé avec lui sur l’une des seules pistes cyclables de la ville et goûté plein de pâtisseries turques. Il a été un excellent élève et sait maintenant cuisiner quiche et tarte aux pommes à la perfection ! C’est grâce à lui que notre séjour à Istanbul a été incroyable, merci infiniment !

La quiche de Hüseyin

Atelier quiche dans l’appartement

Notre mission dans la ville : obtenir notre visa pour l’Iran, la prochaine étape du voyage. Nous avons une lettre d’invitation d’un ami sur place, et l’ambassade de Paris nous a assuré que ça suffirait. Malheureusement, le consulat iranien d’Istanbul ne fonctionne pas selon les mêmes procédures, et il nous faut tout reprendre depuis le début. Nous sommes donc contraints de passer par une agence de voyage, qui nous extorque une somme non négligeable pour demander une lettre d’invitation du Ministre des Affaires Étrangères iraniens, qui doit lui-même l’envoyer au consulat, où nous pourrons enfin revenir demander les visas (moyennant bien sûr des frais supplémentaires pour apposer le tampon). Bilan des courses : on obtiendra bien nos visas, mais après deux semaines d’attente.

Chez le barbier

En attendant les visas, autant aller chez le barbier

Autant en profiter pour visiter cette ville gigantesque ! Ici, ça sent la mer (on l’oublie facilement parmi tous ces immeubles, mais elle n’est jamais très loin) et les pots d’échappement (les voitures par contre, impossible de les oublier). Où que l’on soit, on peut toujours s’arrêter pour un çai (/tchaï/), ce thé noir qui se boit dans de petits verres évasés. Nos oreilles mettent un petits temps pour ne plus être surprises par les nombreux chants qui sortent des nombreuses mosquées de la ville (appels à la prière, mais aussi hommages aux morts) ; il nous faudra quand même quelques jours pour ne plus être réveillés par l’appel à la prière du matin !

Grand Bazar d'Istanbul

Le grand bazaar d’Istanbul

On est également frappés par l’omniprésence des références à Atatürk, fondateur de la République de Turquie. Ici, comme à Ipsala, on entrevoit un véritable culte de la personnalité avec des photos, des statues, des citations qu’on peut apercevoir partout. Toute injure à la mémoire du personnage est passible de prison. Ajoutons à ça les drapeaux turcs suspendus à tous les coins de rue et on sent quand même que le gouvernement entretient une certaine dose de nationalisme dans le pays.

Atatürk vous surveille

Atatürk vous observe…

On visite plusieurs districts de part et d’autre du Bosphore, chacun avec son atmosphère particulière. Du côté européen, il y a d’abord Sultanahmet : c’est le quartier qu’on voit sur les cartes postales, celui qui concentre les monuments historiques magnifiques. Pour nous, c’est aussi le quartier du consulat iranien. Chaque monument attire les touristes : la Mosquée Bleue en est pleine à craquer, au point qu’on a du mal à en apprécier l’intérieur ; le Grand Bazar est magnifique mais ses prix bien trop élevés (ce n’est pas là qu’on ira faire ses courses) ; la mosquée Hağya Sofia (/Aya Sofia/, Sainte Sophie), ancienne cathédrale orthodoxe au cœur de l’Empire Byzantin, ainsi que le Palais de Topkapı (/Topkapeu/), siège administratif de l’Empire Ottoman, nécessitent de payer pour y entrer, ce qui nous a tenus à l’écart.

Devant la Blue Mosque

La Mosquée Bleue et deux touristes

Dans un genre similaire, nous nous sommes baladés dans le quartier de Taksim : une longue avenue piétonne bordée de petits immeubles qui ne détoneraient pas dans une capitale européenne. On y trouve des boutiques de luxes, des magasins de vêtements et beaucoup d’échoppes de souvenirs. Et surtout, beaucoup, beaucoup de monde.

Taksim, rue piétonne

Taksim et sa grande rue piétonne

Toujours côté européen, on aime plutôt le quartier de Beşiktaş, où l’on peut venir au crépuscule déguster un kumpir (voir plus bas) face à la mosquée d’Ortaköy et le pont qui enjambe le Bosphore.

Beşiktaş

Beşiktaş by night

Le côté asiatique est moins fréquenté par les touristes, et c’est celui qu’on préfère. Vient le premier Üsküdar où, après s’être baladé le long du littoral, on peut prendre un thé assis sur des tapis en regardant le va-et-vient incessant des navires qui traversent le Bosphore.

Thé sur le Bosphore

Parfait.

Il y a surtout Kadıköy, un quartier au bord du Bosphore qui fourmille de bars, restaurants, salles de spectacles et boutiques branchées. On reviendra plusieurs fois se promener dans ces rues pavées étroites. Kadıköy, c’est aussi notre endroit de prédilection pour embarquer sur l’un des nombreux ferrys traversant le détroit du Bosphore vers la rive européenne.

La veille des éléctions

Kadıköy, la veille des élections législatives (le parti nationaliste brandit fièrement son drapeau)

A chaque fois, c’est un émerveillement renouvelé devant le paysage sublime qui s’offre à nous : la mer, parcourue des dizaines de petits navires qui font aussi la liaison et des gros cargos qui viennent déposer leur containers ; les minarets de Sultanahmet qui se détachent sur le ciel ; la vieille gare qui passe devant nous, suivie du port industriel et des petits immeubles d’Üsküdar devant lesquels se dresse la Tour de Léandre (Kız Kulesi), seule sur son îlot. La traversée ne coûte que 2,15 lyres turques (moins d’un euro) et se paye avec la carte de métro, pourquoi s’en priver ?

Vue du Bosphore

Traversée du Bosphore au coucher de soleil

Pendant ces 20 jours, nous avons habité le district de Maltepe. C’est un quartier résidentiel très récent (la plupart des immeubles ont moins de 10 ans et plusieurs sont encore en construction). A quelques pas de notre appartement, on trouve une rue pleine de petits commerces et tous les jeudis, c’est jour de marché !

Le marché de Maltepe

Jour de marché à Maltepe !

Enfin, nous avons pu faire une excursion d’une journée sur Princes Island, l’une des petites îles aux large d’Istanbul. C’est le point de chute des citadins pendant l’été, idéal pour une promenade ou un pique-nique. Pendant un week-end d’automne, les rues sont toujours pleines mais les grandes demeures secondaires qui bordent la route sont délaissées. Interdite aux voitures, l’île se parcourt à bicyclette ou en charrette tirée par des chevaux ! Nous, on fait le tour de l’île à vélo (enfin presque, à cause des chiens), on poursuit des charrettes et on profite des beau paysages sous le soleil, enfin loin des voitures… Reposant, après deux semaines dans le trafic de la ville !

Princes Island

Sur Princes Island, on poursuit les carioles

En ce qui concerne la nourriture, il faut plus d’un paragraphe pour décrire tout ce qu’on a découvert. Pour le petit déjeuner, les boulangeries turques n’ont rien à envier aux boulangeries françaises et proposent une variété énorme de pains, tous excellents. Nos préférés : un pain en forme de spirale fourré au tahini (pâte de sésame), et les poğaca, des petites brioches qui se déclinent sous plusieurs formes.

Notre boulangerie et son choix impressionant de pains et poğaca

Notre boulangerie et son choix impressionant de pains et poğaca !

On mange bien sûr des kebab (en dehors de la France, le terme désigne un plat à base de viande grillée) et on découvre les mantı (une espèce particulière de pâtes, mélangées à du yaourt et servies avec une sauce épicée). Question boissons, on adore l’ayran (yaourt liquide un peu salé) et le salep (un lait chaud un peu épaissi, saupoudré de cannelle).

Ayran (yaourt liquide légèrement salé)

On boit de l’ayran en attendant le bus

On est un peu plus dubitatif vis-à-vis du kumpir : une purée de pomme de terre et de beurre, à laquelle on ajoute tout ce qui passe par la main du vendeur : olives, choux, macédoine, taboulé, mayonnaise (oui, tout ça en même temps).

Kumpir !!!

Kumpir !!!

Questions pâtisseries, on est servis : on retrouve plusieurs types de baklava (pâte feuilletée enduite de sirop de sucre, avec noix, pistaches…), mais aussi les kadayıf (des petits fils de pâte, toujours dans du sirop de sucre), les pişmaniye (la texture du coton, qui fond dans la bouche), les lokum (petits cubes à la texture caoutchouteuse, au goût de miel, de noix ou de sésame). Dans toutes les pâtisseries, on peut s’asseoir à une table pour accompagner la dégustation d’un çai brûlant, ce dont nous ne nous privons pas.

Kadayıf

Le sublime Kadayıf

Finalement, c’est sans doute l’image que je garderai d’Istanbul : une pâtisserie accompagnée d’un çai face au détroit du Bosphore, en regardant les ferrys aller et venir entre l’Europe et l’Asie. Plutôt pas mal.

Vue depuis Kadıköy

Ah, le Bosphore…

Toutes les photos de la Turquie sont par ici !

6 commentaires

  1. Que de contrastes ! Ca doit être déroutant et magnifique. Merci pour le récit . Rémi fait tout jeunot sans sa barbe et un peu amaigri.
    Bon, effectivement le tas de sauce dans les barquettes n’est pas ce qui donne le plus envie. 🙁
    Gros bisous. Continuez à bien profiter. L’inde approche !!!!

  2. Merci pour ces nouvelles pages de vos aventures… Riches, ces 20 jours!
    Toujours suivant vos traces, des pensées vers vous!
    Gros baisers à tous deux.
    Nathalie

  3. PS: Photos toujours aussi belles. Plaisir de vous y voir. Contrastes, en effet! Merci pour le partage.

  4. Hi!

    Despite my lack of French, It was very nice reading your post about Turkey 🙂

    (thanks to google translate)

    Please keep in your mind that you are always welcome in Istanbul.

    Ride safe and take care.

    Huseyin

  5. Ouah!!!! Mais, là, c’est plein de gros mots qui me viennent…
    Puréééééééééééééée de paysages!!!!!!!!!!!!
    Tiens, je me vais me réécouter Aznavour: “Emmeneeeeeeeez moi, emmenez moi à l’autre bout de la Teeeeeeeeeeeeeerrre,….”.
    Bises à vous deux maintenant que joue rasée…

  6. Pingback: 9 tours du monde à vélo qui nous inspirent - Bikester.fr

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