Dans le Far-west népalais

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La traversée de la frontière entre Inde et Népal est des plus agréable. On traverse deux jolis ponts, puis on s’arrête au bureau indien pour présenter nos passeports. Comme les indiens et les népalais peuvent franchir la frontière sans visa, nous sommes les seuls à nous arrêter. On s’assied sur des chaises en attendant que nos informations soient recopiées dans un grand cahier (pas d’informatique !). Nous pouvons ensuite repartir vers le Népal.

On passe la frontière militaire, montre nos passeports, mais pas de tampon d’entrée. Les militaires nous disent de continuer, et de nous rendre au bureau qui se trouve deux kilomètres sur la gauche. Deux kilomètres ? Pas certains d’avoir bien compris, on avance doucement, un peu stressés à l’idée d’entrer illégalement sur le territoire. Et le bureau est bien deux kilomètres plus loin sur la gauche, à l’entrée de la première ville. On aurait presque pu le manquer ! Là aussi, nous sommes seuls et tout se passe comme prévu, nous avions déjà nos visas et recevons nos tampons : à nous le Népal ! Le bureau d’immigration nous change même nos roupies indiennes en roupies népalaises à un très bon taux. Que demander de plus ?

Pause dans une ville classique du Népal

Pause en bord de route au Népal

Notre arrivée au Népal est donc assez sereine. Il fait beau, et on apprécie le changement d’ambiance avec l’Inde. Sur la route, moins de véhicules à moteur et plus de vélos. On croise beaucoup d’enfants, souvent à deux sur un vélo à une vitesse. Pas facile dans les montées ! Mais ce qui nous ravit le plus, c’est la réapparition des femmes dans la rue. C’est là qu’on prend vraiment la mesure de la situation en Inde. Au Népal, on croise beaucoup de femmes sur des vélos voire des scooters, là où en Inde les jeunes filles à vélo étaient vraiment des exceptions, et où on avait l’impression que les femmes ne se déplaçaient pas de manière autonome mais toujours dans des bus/taxis ou à l’arrière de motos.

Une école

Une école et des écoliers en uniforme

Tous les enfants que nous croisons sont en uniforme, aux couleurs variées en fonction de l’établissement. Ils reviennent de l’école, et bondissent quand ils nous aperçoivent : “Bye bye!”, les premiers mots qu’ils ont appris en anglais. Cela nous fait sourire et on répond “Hello!” en leur faisant coucou. Les plus motivés sautent sur un vélo et nous rattrapent pour nous demander nos noms et d’où l’on vient, ou bien simplement pour faire la course. Que de vie sur la route au Népal !

Je dis la route car à partir de Mahendranagar, par où nous sommes entrés au Népal, il n’y a pas 36 solutions pour nous rendre à Kathmandu : il faut prendre la highway, au moins jusqu’à Butwal. Heureusement pour nous, elle n’a de highway que le nom, et on y croise surtout des vélos, des motos, des charrettes, et quelques bus et camions qui roulent au milieu de la route en une sorte de dépassement permanent et universel. Pratique. Pratique aussi, leur klaxon : ils le déclenchent à tout bout de champ, si bien que quand un bus approche, tout le monde est au courant. Pas besoin de se jeter sur le bas côté, ils préviennent juste qu’ils arrivent. Bon, parfois, le klaxon signifie aussi qu’il faut se pousser, ou s’arrêter parce que le chauffeur a décidé de se rabattre là maintenant tout de suite pour déposer des passagers. Pas facile à interpréter, le klaxon, mais avec un peu d’observation et un bon rétro, on s’en sort bien.

"See you"

La highway, pas si terrible que ça !

Pendant une semaine, on suit donc cette highway dans les plaines au sud du Nepal, dans la région du Teraï. On traverse quelques villes comme Mahendranagar, Nepalgunj ou Butwal, mais, et ceux et celles qui nous suivent depuis le début l’auront sans doute deviné, ce qui nous plaît le plus, ce sont les villages et la campagne !

C’est là que nous profitons le plus des paysages et que nous en apprenons le plus sur la vie des népalais. Dans le Teraï, la plupart des maisons sont de petites fermes. Devant sont attachées quelques vaches et chèvres, on voit aussi des petits cochons, et surtout un grand tas de foin. Certains villages attirent particulièrement notre attention. Entourées de petits champs, les maisons y sont basses, parfois un peu surélevées et construites en terre. Ce sont des villages Tharus, une ethnie autrefois majoritaire dans cette région mais aujourd’hui dépassée car le Teraï a été un lieu privilégié d’immigration indienne.

Maisons tharu

Une maison tharu

Le Teraï reste une région très agricole et les habitants, notamment de cette majorité indienne, se sentent parfois un peu délaissés par le gouvernement de Kathmandu. Alors vous imaginez bien que la nouvelle constitution adoptée en septembre 2015 qui fait du pays une république fédérale ne leur plaît pas vraiment… Depuis six mois, la province est le lieu d’émeutes contre cette constitution, et des forces armées ont été déployées. Notre hôte à Bareilly en Inde nous avait dit “là bas, c’est quasiment la guerre civile !”. Nous n’avons rien vu, mais les affrontements entre civils et l’armée ont fait plusieurs morts…

Corrélé aux émeutes, mais il y a débat sur l’origine du problème, le carburant importé d’Inde n’arrive plus qu’au compte-goutte. Les camions qui approvisionnaient le Népal traversaient en effet le Teraï pour apporter l’essence à tout le pays. Il y a plusieurs versions : pour les indiens et la majorité d’origine indienne du Teraï, l’Inde craint juste les émeutes et réduit le nombre de camions envoyés, ou bien ce sont les émeutiers qui bloquent les routes, empêchant l’approvisionnement. Mais pour le gouvernement népalais et le reste de la population, c’est le gouvernement indien qui a mis en place un semi-blocus, en réaction au changement de constitution. Certains nous disent que c’est pour soutenir les revendications de la population du Teraï, d’autres que l’Inde cherche carrément à affaiblir le pays pour pouvoir annexer le Teraï ! Et en ne cessant pas d’approvisionner le Népal mais en réduisant juste ses exportations, l’Inde se protège contre les éventuelles accusations de blocus. Habile.

En tous cas, le manque de carburant se fait cruellement sentir dans tout le pays : tous les jours, nous passons devant des stations services devant lesquelles des dizaines de véhicules patientent. Nos hôtes nous ont aussi dit que beaucoup de gens réfléchissaient maintenant avant de prendre leur moto et lui préféraient souvent le vélo… A Kathmandu, les taxis sont moins nombreux dans les rues car, non prioritaires, les chauffeurs doivent payer leur essence très cher. On nous dit aussi que tous les hôpitaux ne peuvent pas se permettre de faire rouler autant d’ambulances qu’avant… La vie de tout le monde est affectée, et ça n’a pas l’air près de s’arrêter…

Sur le côté de la highway

Pause au bord de la highway

On aime aussi les plaines du Teraï car, malgré la densité de population près de la highway, on trouve facilement des portions un peu vides pour faire des pauses ou camper loin de l’agitation. En effet, entre les villes il y a soit la campagne, soit la jungle !

La highway 1, au coeur de la forêt

C’est calme, trop calme…

Pour notre première nuit au Népal, nous avions décidé de camper dans un bois à la sortie d’une petite ville. Nous pensions être à peu près tranquilles, mais notre installation a bien évidemment fait des curieux, et nous avons attiré une quinzaine d’enfants, qui ont voulu visiter la tente, observer et même essayer les casques, les tabourets et le vélo de Rémi ! Que d’animation ! La soirée se conclut avec des jeux, des chants et de la danse, une belle première veillée népalaise.

Camping avec spectateurs

Première soirée, bien animée !

Le lendemain matin, ils viennent nous réveiller, trop impatients de nous revoir avant de partir pour l’école. On apprend au détour de la conversation que des démons vivent dans ce bois, mais qu’ils ne nous l’ont pas dit hier pour ne pas nous effrayer. Ils étaient persuadés qu’ils ne nous feraient rien.

Plus tard, on campera dans la jungle, au bord d’une rivière à sec, cette fois à l’abri des regards, ou sur un chantier en sortie de ville, avec la bénédiction des jeunes ouvriers. Il est assez facile de trouver des coins à bivouac, même sur la route principale.

Bivouac près de la rivière

Bivouac en bord de rivière

On a aussi beaucoup apprécié le fait de pouvoir s’acheter à manger très facilement et pour des sommes modiques dans presque chaque village. Tous les midis et presque tous les « soirs » (à 16h, juste avant de nous mettre en quête d’un bivouac), nous mangions dans de petites cantines installées sur le bord de la route. Au menu : samossas, œufs frits dans de la chapelure, donuts (très faciles à trouver et très bons) et surtout chow mein, des nouilles chinoises revenues au wok avec beaucoup d’épices, de la coriandre, des pois chiches et quelques légumes. C’est toujours assez épicé, mais très très bon ! Et dans le Teraï, un repas pour deux coûtait environ 40 ou 50 roupies, soit environ 30 centimes d’euros. Pourquoi prendre la peine de faire les courses ? Plus on avance vers l’est et Kathmandu, plus les prix montent, jusqu’à atteindre environ 1€ le repas pour deux, ce qui reste très très peu cher.

Chow mein : nouilles chinoises frites aux épices !

Chow mein, un bon repas pour les cyclistes !

Et puis, manger dans ces cantines nous fournit aussi une occasion de rencontrer des gens ! On crée souvent un petit rassemblement et on peut échanger un peu avec les habitants du coin, tout en mangeant. Les enfants parlent en général assez bien anglais, suffisamment pour échanger des présentations, demander d’où l’on vient… Les plus âgés se font traduire les informations essentielles, ou se contentent d’observer nos vélos. Au Népal et surtout dans le Teraï tout plat, avoir plusieurs vitesses sur son vélo est rare, alors nos montures font figures d’ovnis !

Nous avons beaucoup aimé l’aspect commun de la rue centrale des villages. De part et d’autre de la route et devant les bâtiments, plusieurs mètres de terre sont dédiés aux cantines, à des arbres entourés de bancs, et tout le monde s’y retrouve, pour attendre le bus, manger, discuter, jouer au badminton… C’est la place du village, mais version rue, le long de la highway. Cette disposition en long des villes et villages du Teraï nous rappelle à l’imaginaire du western. On retrouve cette poussière, cette terre un peu rouge, et l’impression que derrière les bâtiments de part et d’autre de la route, il n’y a rien.

Un accrochage entre un scooter et une voiture...

En ville. Ici, le rassemblement est lié à un petit accrochage que tout le monde vient commenter

Mais qui sont les cows-boys de ce western népalais ? On vous le donne en mille, ceux qui se la jouent rois du Teraï sur la highway, ce sont les chauffeurs de camion. Ils roulent au milieu de la chaussée, klaxonnent à tout bout de champ, et prennent la priorité quand ils la veulent. Ici, un peu comme en Inde, c’est « je klaxonne, donc je passe ». Et le shérif est complètement dépassé ! On a bien vu quelques camions se faire arrêter après un dépassement dangereux, mais il y en a tellement… On espère juste que leur dangerosité est surtout apparente et qu’ils ne causent pas trop d’accidents…

"See you", l'arrière classique des camions népalais

Un cow-boy joliment décoré

La suite de nos aventures avec les chauffeurs de camion, ce sera dans le prochain article. Pour le moment, il faut encore que je vous parle des paysages grandioses du Teraï, entre rivières gigantesques comme la Karnali, un affluent du Gange, et parcs naturels où l’on trouve tigres, éléphants et rhinocéros ! Au sud du Népal, on trouve deux parcs : Bardia et Chitwan. Nous avions choisi de nous rendre au premier, qui était sur notre route et réputé moins touristique. Avant de parvenir à l’entrée du parc, nous en avons traversé une bonne partie sans même quitter la highway, qui le traverse. Quel bonheur d’apercevoir des grands singes et des cervidés juste au bord de la route presque déserte ! Il est vrai qu’avec nos petits vélos silencieux, nous les surprenions souvent et leur faisions un peu peur… Heureusement, nous n’avons croisé personne de plus menaçant. J’avais négocié avec le tigre pour retarder notre rencontre (finalement il n’est jamais venu).

Des singes dans la forêt !

Les singes regardent passer les cyclistes

Pour se rendre à Bardia, il faut quitter la highway pour effectuer 13 kilomètres de piste. 13 kilomètres ? Haha, facile ! Eh bien pas tant que ça. Traverser une rivière à gué puis rouler plus de dix kilomètres dans les cahots, ce n’est pas de tout repos, et ça ne va pas très vite. Ce n’est aussi pas très bon pour le vélo : j’y ai laissé une vis ! Mais cette piste a le mérite de décourager beaucoup de véhicules à moteur, et de traverser de charmants petits villages.

Champ de moutarde

Dans la zone tampon du parc de Bardia

Nous avons ainsi passé un moment très agréable à arpenter la zone tampon du parc et à rencontrer ses habitants, mais nous n’avons finalement pas pu visiter le parc. Les prix réservés aux touristes étrangers étaient beaucoup trop élevés pour notre petit budget : 40$ par personne pour une demie journée à marcher dans le parc, contre une dizaine de dollars annoncés dans notre guide… Chitwan est peut-être moins cher, car plus touristique, mais là aussi nous n’avons fait que visiter la zone tampon, également très agréable.

Nous avons été accueillis par Bhim et sa famille dans leur ferme pour une nuit avant d’attaquer la montagne. Bhim est professeur des écoles, et il vit avec sa femme, deux de ses enfants, la tante et les grand-parents dans une grande maison avec étable attenante et champs à l’arrière. Nous avons partagé un repas autour du feu, allumé derrière la maison. Au Népal, la cuisine est souvent faite sur feu de bois, moins cher que le gaz. Nous croisions souvent des népalais, surtout des femmes, le vélo chargé de bois pour le feu. Que ce soit à la maison ou dans les cantines, la cuisine se fait donc au feu de bois, et par conséquent souvent dehors.

Merci à Bhim et sa famille !

Autour du feu avec Bhim, Louis et leur famille. Merci !

Il n’y a pas pour ainsi dire de pièce à vivre à l’intérieur de la maison : on peut soit s’asseoir devant, comme le grand-père, et saluer ainsi les voisins, soit derrière, espace en théorie plus privé (mais pas pour les copains et copines de Louis, le petit dernier). C’est là le véritable espace où la famille se retrouve pour cuisiner, faire les devoirs, manger… Nous goûtons ainsi au dal bhat, repas canonique au Népal : les familles le mangent aussi bien au petit-déjeuner qu’au dîner ! Il est constitué de riz, de soupe de lentilles et de légumes. On verse la soupe sur le riz, et on mange le tout (ou on essaye) en en faisant des boules avec la main droite. Pas facile, mais délicieux !

Le dal bhat, plat national !

Dal Bhat !

La soirée est belle, mais au Népal, on se couche et on se lève tôt, alors il faut aller nous reposer. D’autant plus que demain, nous entamons la route vers les montagnes et vers Kathmandu !

Pour voir plus de photos de cette première semaine au Népal, c’est par ici !

5 commentaires

  1. Magnifique. Il me semble que c’est le reportage le plus emprunt de tranquillité et de beauté depuis le début….?? Ca donne une vraie impression de paix.
    Quel contraste avec l’Inde. Heureusement…
    Gros bisous

  2. C’est vrai que cet épisode semble plus paisible que les précédents! J’imagine le plaisir de reprendre les vélos pour parcourir cette campagne, puis ces montagnes… et profiter de cette tranquillité (relative, peut-être sur la route?)…
    Je découvre vos sons en écrivant: formidable!!! C’est magique, on est tout près de vous. Jolis chants!
    Merci pour tout ceci!
    Gros baisers à tous deux.
    Nathalie

  3. PS: il m’avait échappé que vos articles précédents étaient accompagnés de sons également. Le contrastes sonore entre celui-ci et ceux-là est saisissant lui aussi!!!

  4. Après l’Inde, le contraste doit être assez sympathique….
    Votre rythme et vos posts permettent de voir ce qui passe d’un pays à l’autre, pareil et un peu différent… Les camions décorés, les see you, la conduite à risques, les cultures de moutarde et de riz, les plats de lentilles….
    J’adore vos photos, j’adore vos bandes sons…
    Je n’ai pas eu le temps de commenter le dernier post, mais très joli port de sari, Salomé…
    Bises à vous deux…

  5. Un clin d’oeil du soir, toujours suivant vos déplacements. J’ai cru voir un petit air de Pays de Loire dans certaines photos de votre étape actuelle! Dans mon imagination seulement, peut-être… De gros baisers à tous les deux!

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