De Tatas en momos

Après avoir quitté le calme de Bharatpur, nous partons à l’attaque des montagnes, non sans appréhension. 160 kilomètres nous séparent encore de Kathmandu, soit deux jours. On s’élance sur la route qui relie la highway à la vallée de Kathmandu, en suivant gentiment le cours d’une rivière. Les paysages sont magnifiques. Ça monte un peu sec à la sortie de la ville, mais ensuite la pente se fait plus douce et on s’élève tranquillement… jusqu’à ce qu’un arbre tombe en travers de notre route.

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Pause forcée sur la route

A une dizaine de mètres devant nous, un grand arbre vient de s’écraser sur la chaussée, barrant complètement le passage. Passés la peur et l’étonnement, on réalise qu’en fait le geste était complètement calculé : des ouvriers sont présents pour dégager l’arbre, accompagnés de villageois et villageoises qui élaguent des branches pour récupérer du bois. L’arbre a été abattu car des travaux d’élargissement de la route sont en cours, et pour les mener à bien, il faut creuser le flanc de la montagne, donc enlever les arbres. Dans notre cas, l’opération prend un peu de temps et les motos et chauffeurs de camions s’impatientent. Nous, on en profite pour faire une pause goûter en regardant le pauvre arbre qui se fait traîner jusque sur le bord de la chaussée.

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La rivière Tisuli

La route s’ouvre de nouveau et on reprend notre ascension. On serpente, descend un peu et remonte beaucoup, passe devant de petites maisons accrochées au bord de la route en surplomb de la rivière. On y trouve de quoi se désaltérer et manger des donuts, mais pas de vrai déjeuner. On arrive affamés et un peu faibles au débouché sur la vallée de Kathmandu, dans la ville de Mugling.

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Déjeuner bien mérité !

Jusque là, le trafic était faible et la route agréable, mais nous avons maintenant rejoint la route reliant Kathmandu à Pokhara, fréquentée par beaucoup de camions et de bus faisant la liaison entre les deux villes. Le reste du trajet s’annonce moins sympathique. Les paysages de la vallée sont splendides. La rivière se fait plus paresseuse, méandre et autorise plus de culture en terrasses. On s’émerveille devant les petits ponts en cordes qui permettent de passer sur la rive droite. Nous montons toujours, accompagnés par une caravane de camions et de bus, qui se font de plus en plus nombreux à mesure que l’on s’approche de Kathmandu.

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Du monde sur la route

Les camions, surtout, nous gâchent un peu le plaisir. Décorés et peints de toutes les couleurs, ces camions de la marque indienne Tata auraient pu nous plaire. Seulement leur fâcheuse manie de nous doubler de très près et très vite ne nous ravit pas vraiment. Rémi garde son calme, mais je m’emporte assez souvent à les insulter, voire à les courser dans la pente pour montrer au chauffard de quel bois je me chauffe. La fatigue de la route vient donc plus du stress de les voir arriver dans le rétro que de la pente elle-même. L’inclinaison reste faible, et les lacets nous facilitent le travail. Heureusement, car je suis épuisée à force de crier sur les camions. Nous ne sommes pas les seuls à avoir eu affaire à eux, et Sylvain Tesson et Alexandre Poussin leur consacrent des passages dans leur On a roulé sur la terre. Eux sont encore plus violents que moi !

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Paysage de la vallée de Kathmandu

On essaie de mettre en place des stratégies pour les empêcher de nous doubler de trop près. La première consiste à se jeter sur le bas côté. Mais quand le bas côté, ce sont des graviers puis le vide, et que nous sommes en pleine montée, très peu pour nous. Deuxième stratégie, inspirée d’une fable de la Fontaine et mise en place en Italie : faire le gros dos pour paraître plus imposant. Psychologiquement, ça aide, mais c’est peut-être tout. Troisième technique : essayer d’instaurer un contact avec le conducteur pour susciter de l’empathie. Pour cela, je lui fais des petits signes de la main, lui demandant de ralentir. S’il est assez loin, je me retourne pour croiser son regard, histoire qu’il comprenne que les cyclistes aussi sont des êtres humains. Bon, si ça ne marche toujours pas, ce qui est souvent le cas, il reste deux techniques, un peu plus risquées. Quatrième technique : étendre son bras à droite, comme si on allait tourner. Ça fait un peu écarteur vivant, et ça a le mérite de les faire ralentir en général. Il en reste certains qui n’hésitent pas à nous frôler la main, mais ça réduit leur nombre. Cinquième technique, à ne pas tenter n’importe où et n’importe quand (on se l’est permis parce que tout le monde était à vitesse réduite en montée et que la lumière était bonne) : se mettre au milieu de la route, empêchant les camions de doubler tant qu’ils n’ont pas assez de place pour le faire en sécurité. Parce que pour la plupart des chauffeurs, un vélo sur le côté de la chaussée est comme inexistant. Ils partent du principe que l’on va se pousser. Mais en montée et quand on se fait doubler en continu, c’est impossible. Donc se caler au milieu de la route et les forcer à attendre a plutôt bien marché dans notre cas. Et le plus drôle, c’est qu’ils ne se formalisaient pas trop, et nous saluaient voire nous félicitaient ensuite, quand ils pouvaient enfin doubler. Une bonne opération donc, mais pour les plus téméraires.

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Se frotter aux camions, ça salit un peu !

Vous l’aurez compris, l’ascension vers Kathmandu a été assez épique. Elle s’est conclue par des embouteillages, toujours en montée et au milieu des camions, avant de pouvoir passer le col qui donne accès à l’aire urbaine de Kathmandu. C’est complètement couverts de poussière que nous arrivons en ville et nous rendons chez Shankar et sa famille, qui vont nous accueillir pendant quelques jours. Une vraie délivrance que de se retrouver bien entourés et bien propres, après toutes ces aventures !

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La rue de nos hôtes, au nord de la ville

Bien propres, aussi parce que pour la première fois depuis presque une semaine, nous avons droit à une douche chaude. Hors de Kathmandu, l’eau chaude est vraiment un luxe dans le pays, et pour se laver on chauffe de l’eau au feu de bois, à la fin du repas. A Kathmandu, on découvre que le luxe, c’est l’électricité. Comme dans le reste du Népal, les coupures de courant sont quotidiennes, et très fréquentes. Mais avant la capitale, nous nous couchions avec le soleil, donc nous n’en avions pas vraiment eu besoin… Les foyers les plus riches ont une batterie et un alternateur, mais ce n’est pas le cas de tous…

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Installation électrique dans une rue de Kathmandu

Chez Shankar et sa famille, nous redécouvrons le plaisir des soirées en famille, on fait les devoirs avec les enfants et on cuisine ! Même le chien aura eu le droit de goûter à une crêpe. Mais dans la journée, on profite de la ville. On a adoré se promener dans les petites rues de la vieille ville, que ce soit Thamel, le quartier touristique aux boutiques de vêtements hippies ou d’équipement de trek, ou dans les petites rues juste au sud, entre Thamel et Durbar Square. Nous avons suivi un itinéraire de promenade proposé par le Lonely Planet et avons été charmés par les petites rues, les vieilles bâtisses et les temples qui surgissent au détour d’une ruelle, le tout accompagné de petites explications et anecdotes charmantes.

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Jeux d’enfants autour d’une stupa

Nous nous sommes amusés à observer les enfants d’une école proche qui passaient le temps en jouant à la balle au prisonnier autour d’une stupa. Kathmandu, ville musée mais ville bien vécue. On croise quelques touristes, mais surtout à Thamel et Durbar Square, très peu entre les deux. On garde donc l’immersion que l’on aime tant. L’immersion, comme vous le savez, pour nous, ça passe aussi par la nourriture locale. On s’arrête parfois dans de petites échoppes pour boire un thé au lait, ou dans les cantines pour acheter de délicieux beignets de riz ! On découvre aussi les momos, notre coup de cœur du Népal, pas si népalais que ça car ces petits raviolis sont originaires du Tibet ! Un régal !

Des momos (un délice), avec notre cachet d'anti-palu

Momos !

Incontournable, nous prenons aussi le temps de visiter la place Durbar, au cœur de la vieille ville. Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, cette place en carrés emboîtés rassemble de nombreux temples et palais, en faisant le centre touristique de la ville. On y trouve notamment le Palais de la Kumari, déesse vivante incarnée par une très jeune fille. Nous avons eu l’occasion de l’apercevoir, visitant le palais au même moment qu’un groupe de touristes dont le guide a appelé la Kumari à son balcon. La déesse est apparue sous la forme de cette petite fille, montrée à son balcon pour quelques secondes. Nous avons eu honte de participer à ce que nous avons vécu comme du voyeurisme…

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Durbar Square

Le reste de la place est impressionnant. Les temples sont magnifiques et très très riches. On pourrait y passer des heures à admirer tous les détails. Malheureusement, c’est aussi l’endroit de Kathmandu où nous avons vu le plus de bâtiments détruits pendant le tremblement de terre qui a eu lieu il y a presque un an. Dans le reste de la ville, quelques maisons isolées sont en ruines. Sur la place, le vide laissé par l’effondrement de grands temples surprend. Il ne reste que de petites pancartes avec un nom et une photo. Mais là aussi, la vie continue. Des enfants jouent au badminton sur les ruines, de jeunes gens sont assis au sommet des montagnes de gravas. Nous avons trouvé beaucoup de charme à cette place, au va et vient des locaux, au mélange des styles et des époques.

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Ruines à Durbar Square

Nous sommes aussi allés visiter le temple Swayambunath, au sommet d’une colline à l’ouest de Kathmandu. Il est surtout connu pour sa très impressionnante stupa, autour de laquelle il faut tourner dans le sens des aiguilles d’une montre. Si la montée jusqu’au temple est un peu sèche, on peut la faire passer en regardant les nombreux singes qui y vivent, et la vue une fois en haut en vaut vraiment la chandelle !

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Temple Swayambunath

En nous promenant dans le temple, nous avons assisté à un spectacle amusant : des étudiants viennent prier la déesse de la connaissance en jetant des pièces de monnaie au pied de sa statuette. Et oui, c’est bientôt la période des exams !

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Bonne chance à eux !

Nous avons passé de bons moments à Kathmandu et beaucoup apprécié l’ambiance détendue qui règne dans les rues. La ville vit, la spiritualité est omniprésente mais toujours vécue, incarnée dans la prière, la fréquentation des temples et le quotidien des habitants. Venu le moment de partir pour l’aéroport, nous avions déjà pour projet de revenir, pour passer plus de temps dans cette ville et ses alentours, et surtout pour tenter un trek. Cela tombe bien, notre hôte est guide ! A bientôt, Kathmandu !

Pour les photos, c’est par ici !

3 commentaires

  1. Vous quittez donc l’Asie, 1 mois et demi quasi depuis l’Inde, et pourtant une impression de passage très rapide…
    Les quelques mois qui vous restent risquent de laisser cette impression tout autant…
    Bises à vous deux…

  2. Epîque, le cohabitation avec les camions … On aimerait pouvoir leur dire aussi de quel bois on se chauffe!!!
    De gros baisers à tous les deux. Prenez soin de vous.
    Nathalie
    Ps: sympa le petit déj aujourd’hui 😉

  3. Ca parait beaucoup plus calme que l’Inde. Encore un pays que vos récits nous donnent envie de visiter….
    Grosses bises. Bonne St Valentin !

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