Ils ont des chapeaux ronds

À cause des pénuries de carburant au Népal, notre avion doit faire un petit stop à Calcutta pour refaire le plein. Une escale plus tard, nous voici à Ha Noi ! Nos vélos, simplement emballés dans de grand sacs plastiques, semblent intacts. Le taxi nous emmène chez Steven, notre hôte dans la ville. On est tout de suite surpris par le contraste avec le Népal : ici, de grandes routes bien lisses et bien propres, des petits buissons taillés avec précisions par une armée de travailleurs, de grands immeubles et une circulation qui semble moins anarchique (ce dernier point étant un leurre).

L'avion avec les vélos, trop facile

L’avion avec les vélos, trop facile

Autre détail qui attire l’œil : les drapeaux du Vietnam sont partout (l’étoile communiste sur fond rouge), le portrait de Ho Chi Minh apparaît à tous les carrefours, souvent accompagné d’une petite citation. Et on voit énormément d’affiches de propagande montrant une nation unie vers l’avenir (mais bon, c’est quand même le monsieur qui est ingénieur pendant que la dame s’occupe de la famille).

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Une affiche “classique” sur le bord de la route

Steven est un Chinois expatrié à Ha Noi depuis trois ans. Très vite, il nous emmène autour de la ville pour un programme chargé : découverte de la vieille ville et de la nourriture locale, visite du temple sur le lac Hoan Kiem (symbole de la ville), aperçu de l’imposant mausolée de Ho Chi Minh, dîner avec des amis où l’on apprend à cuisiner des nems (trop facile), cours de Tai Chi aux aurores (oui oui) et même une grande promenade à vélo pour nous faire découvrir la jolie campagne autour de Ha Noi.

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Il paraît que Ho Chi Minh avait demandé “quelque chose de simple”

Dans Ha Noi, on trouve de grands supermarchés regorgeant de nourriture importée (ce n’est pas du tout le cas dans le reste du pays où il faudra faire ses courses au marché, ou dans de petites épiceries plus ou moins bien approvisionnées). On en profite pour se refaire enfin des pâtes à la carbonara, le bonheur ! Visiblement impressionné par nos talents de cuisinier, Steven décide de nous emmener à la Blossom House, un petit institut qui accueille des jeunes filles dont les parents sont trop pauvres pour payer leur éducation. On passe une super soirée avec elles, elles ont la pêche ! On n’a même pas trop de travail à faire, puisqu’elles ont cuisiné toutes les crêpes après nous avoir vu faire !

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Pour une fois, ce n’est pas nous qui faisons les crêpes !

C’est d’ailleurs l’occasion de réaliser le défi de la maman de Salomé : transmettre le pinacle de la danse française à l’une de nos rencontres à l’étranger.

C’est sans doute grâce à Steven qu’on a beaucoup apprécié Ha Noi ! Des petites rues agréables dans lesquelles se promener, des dizaines de stands de rue qui proposent des plats délicieux et bon marché, un grand lac idéal pour un moment de détente… La ville est beaucoup moins dépaysante que Kathmandu, c’est peut-être pour ça qu’on s’y sent assez vite à l’aise.

Seul bémol, la circulation : comme dans le reste du Vietnam, on trouve majoritairement des scooters sur la route, et parfois c’est à se demander s’il est nécessaire de passer un permis pour les conduire. Imaginez : des centaines de deux-roues, chacun convaincu qu’il est seul sur la route et pouvant freiner ou tourner au dernier moment ou bien simplement faire 100 mètres à contresens. Les angles morts, le clignotant, ça n’existe pas. En Inde, le trafic était un peu anarchique mais on sentait les conducteurs un minimum concernés par ce qu’il se passe autour d’eux. Au Vietnam, ils s’en contrefichent, et parfois ça tape sur les nerfs.

On finit donc par quitter la capitale, direction l’Est ! Nous allons faire un petit tour sur l’île de Cat Ba. Située à l’ouest de la célèbre baie d’Ha Long, l’île affiche les mêmes paysages majestueux avec beaucoup moins de touristes. Nous sommes à peine une dizaine sur le ferry qui nous dépose au nord de l’île, après s’être faufilé entre les imposantes aiguilles rocheuses qui semblent jaillir de la mer (« du karst », me souffle Salomé).

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Traversée de la baie

L’île n’est pas moins magnifique : on aperçoit les mêmes aiguilles, sur la terre cette fois, couverte d’une végétation dense. Personne sur la route, on en profite ! Arrivés au sud de l’île, nous sommes accueillis par Andrew qui nous héberge gracieusement dans le petit hôtel où il travaille (on plante la tente sous la véranda). On y rencontre Anne, une autre cycliste qui vient de Belgique et descend vers le Laos !

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Oh non.

On repart donc à trois le lendemain, direction l’ouest de l’île pour y attraper un autre ferry. Encore des paysages magnifiques et de grandes mangroves, c’est un vrai plaisir de pédaler ! Arrivés sur la petite jetée, on s’entasse sur une toute petite barge avec les habitants de l’île et leurs scooters. La traversée est courte et nous emmène sur une deuxième île, qu’il faut se hâter de traverser : le deuxième ferry pour rejoindre le continent est dans trente minutes ! On pédale fort, on fonce dans le petit village, et on arrive juste à temps !

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On est un peu serrés là-dessus…

On se retrouve dans l’énorme port industriel d’Hai Phong. C’est le début de notre longue descente vers le Sud. Il n’y a que deux routes possibles : la grosse « autoroute » 1A qui suit la côte, ou bien la Ho Chi Minh highway, paraît-il moins fréquentée, mais plus retirée dans les terres. C’est la 1A qu’on décidera de suivre pendant les dix prochains jours.

Côtés plus : on avance vite, on trouve facilement à manger, et de temps en temps on voit la mer ! Côtés moins : c’est lassant et il y a de la circulation. Les villes vietnamiennes se ressemblent et n’ont pas beaucoup d’attraits : de grandes avenues, des immeubles de béton sans grâce. L’espace entre deux villes est rempli de rizières à perte de vue, qui semblent cultivées presque entièrement à la main. Même le rebord de la route est réquisitionné pour planter de petits potagers d’herbes aromatiques indispensables à la cuisine vietnamienne.

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Les grandes rizières immergées de la campagne

Avec tout ça, pas facile de trouver où camper ! Et les Vietnamiens sont réticents à accepter qu’on s’installe dans leur jardin pour la nuit (on apprendra plus tard qu’une loi interdit d’héberger des étrangers). On fait quand même quelques heureuses rencontres : en sortant d’Hai Phong, alors que l’on roule toujours avec Anne, une famille nous ouvre sa porte. On dormira dans le lit des enfants, qui ne sont pas là en ce moment.

On partage le repas avec la famille ; pour ça, un cuiseur à riz est placé par terre avec plusieurs petits plats : poulet (tué spécialement pour l’occasion et débité en petits morceaux), légumes sautés, œufs durs, et toujours une petite soupe. Chacun se sert une portion de riz dans un petit bol et pioche dans les différents plats avec les baguettes, en passant optionnellement à travers un bol de sauce pimentée ou de nước mắm, cette sauce au goût très fort réalisée à base de poissons fermentés. Ce soir-là, on découvre aussi l’alcool de riz (c’est fort) et une préparation tout particulièrement horrible : du riz laissé à tremper dans de l’alcool de riz, qui semble tenir lieu de dessert. Très difficile à avaler pour nous, notre hôtesse l’engloutit pourtant par grosse bouchées.

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Un gros repas ! Le rice cooker est juste à côté

Anne nous quitte quelques jours après cet épisode pour filer vers le Laos, tandis que nous continuons vers le sud du Vietnam. Nos petits moments de pédalage à trois étaient très agréables, et on espère se recroiser en Belgique !

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En attendant le ferry, on écrit nos journaux

Le reste du temps, nous dormons dans des chambres d’hôtes qui fourmillent sur le bord de la route, et qui sont souvent très bon marché. Près de Hoa Binh, Salomé a très mal au genou et il n’y a pas d’hôtel en vue. Nous nous arrêtons sur le bord de la route, et très vite beaucoup de curieux s’agglutinent autour de nous. On nous amène un poêle (il ne fait pas si froid que ça pour nous, mais ce sont les températures les plus basses de l’année dans cette partie du Vietnam et tout le monde grelotte), puis quelques biscuits, et très vite une dame nous propose de venir manger du riz chez elle. De fil en aiguille, on finit par se faire héberger pour la nuit !

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La famille qui nous accueille pour une nuit. Merci à eux !

On a quand même un peu mal à saisir le sens de l’hospitalité vietnamien. Une fois, alors que nous marchions le long de la route pour trouver un restaurant, nous nous sommes fait spontanément inviter à manger par une famille en train de dîner ; une demi-heure plus tard, nous voilà en train de parler anglais avec les enfants qui récitent leur manuel scolaire ! D’autres fois, nous demandons l’hospitalité dans plusieurs maisons sans que personne n’accepte.

Mais bon, ce qui est bien au Vietnam, c’est qu’il est très facile de trouver à manger. Le long de la 1A, on trouve très régulièrement des petits restaurants qui proposent un repas complet pour 25000 đồng, soit environ 1€. Comme il est très difficile de trouver de quoi se faire un pique-nique dans les micro-épiceries, c’est là qu’on fait tous nos repas !

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Un petit restaurant semblable à des dizaines d’autres sur le côté de la route

La plupart du temps, on prend un bún ou un phở, deux types de soupe de nouille dans lesquels trempent plusieurs herbes, des pousses de soja et des morceaux de viande. Ici, on mange ça matin, midi et soir ! Mais comme chaque restaurant a sa recette, c’est souvent délicieux et on ne s’en lasse pas.

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Un bún chả à Ha Noi : ici, les pâtes sont servies à part, on les trempe avec la salade dans la soupe !

Pour un peu plus cher, on peut avoir du cơm, c’est à dire du riz avec un accompagnement (souvent des légumes et une viande) : c’est plus proche du repas que l’on mange en famille ! Petite curiosité datant de la colonisation, les Vietnamiens sont friands de petites baguettes qui ressemblent à du pain industriel français : ça s’appelle le bánh mì, et de nombreux petits stands en font des sandwichs. On trouve même des boulangeries qui proposent un large choix de bonnes petites pâtisseries (pas de croissant ou de pain au chocolat, cependant).

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Un autre dessert découvert dans les rues de Ha Noi : salade de fruit recouverte de lait de coco et lait concentré sucré

C’est au Vietnam qu’on goûte enfin au jus de noix de coco ! Dans les cafés, on prend la noix de coco entière et on la coupe à la machette pour ouvrir un petit trou dans lequel on plante sa paille. Et si l’on n’est pas rassasié par le jus, on peut racler à la cuillère pour manger toute la chair.

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On savoure une noix de coco après une grande balade autour de Ha Noi

A force de pédaler vers le Sud, on finit par atteindre la DMZ, pour demilitarized zone, une bande de 10 kilomètres de large qui marquait la limite entre Vietnam du Nord et Vietnam du Sud pendant la guerre. Il ne reste aujourd’hui que des rizières, mais c’est ici que les combats ont été les plus sanglants, et on aperçoit en effet beaucoup de monuments aux morts.

C’est aussi-là que nous sommes témoins de notre premier accident sur la route ! Rassurez-vous, personne n’a rien. Il faut le faire, quand même : doublés successivement par deux scooters, la conductrice du deuxième était occupée à nous fixer sans voir que le scooter devant elle était en train de ralentir. S’ensuit une collision, des passagers à terre, et quelques écorchures. Notre trousse de premiers secours sert enfin à quelque chose, et Salomé joue les infirmières pour désinfecter les plaies.

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Des tombeaux parmi les rizières, comme on en voit souvent

Un peu plus loin, nous entrons dans la ville de Huế, ancienne capitale du Vietnam. Plus que les remparts de l’ancienne cité impériale (dans laquelle on nous interdit de rentrer avec nos vélos), on apprécie tout particulièrement la promenade le long de la Rivière des Parfums. Contrairement à nombre de villes vietnamiennes qui ont subi d’importants bombardements, il reste à Huế beaucoup d’anciens bâtiments, de beaux temples colorés et de grandes pagodes.

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L’entrée de la citadelle impériale, à Huế

Passé Huế, on s’approche des montagnes ! Le temps, habituellement un peu gris, se fait maintenant de plus en plus brumeux. C’est que la chaîne de montagnes qui s’étend devant nous empêche tous les nuages du nord du Vietnam de passer dans la partie sud. Il nous faut donc passer… le Col des Nuages.

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À l’attaque !

Depuis qu’un tunnel a été percé, il n’y a plus que les touristes et les scooters qui gravissent le col. Bien sûr, nous sommes les seuls cyclistes. On grimpe dans la brume, la mer à notre gauche, et on finit par se retrouver au-dessus des nuages ! La tranquillité de la montée s’estompe très vite en haut du col : plusieurs autocars de touristes venus admirer le petit fort français posté ici et une dizaine de buvettes. Après une bonne pause, prêts à repartir, on se fait proprement enguirlander par deux tenants de magasins peu amènes ; de ce qu’on comprend, c’est parce qu’on a passé quelques instants devant l’une de leurs places de parking, les privant sans doute de clients qu’on imagine nombreux. Je rigole franchement devant l’absurde de la situation, mais Salomé est passablement énervée.

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Au-dessus des nuages…

Qu’importe, on redescend ! De l’autre côté c’est Da Nang, troisième ville du Vietnam. Le changement de climat est surprenant : de pluvieux le matin, on passe à un soleil radieux et une température qui avoisine les 30°C ! Le Col des Nuages mérite décidément bien son nom. On ne s’attarde pas trop dans cette ville qui ne semble pas avoir beaucoup d’attraits (à moins d’apprécier les hôtels 4 étoiles et les golfs en bord de mer) et l’on file 30 kilomètres plus au sud.

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De l’autre côté du col, la plage !

On s’arrête à Hoi An, dernière étape avant de quitter notre bonne vieille route 1A ! C’est là qu’on compte passer notre jour de pause, entre plage et déambulation dans la vieille ville. Chouette programme !

Les photos sont disponibles ici.

10 commentaires

  1. Très déroutant ce récit du Vietnam. Moi qui pensait que ça serait une des plus belles parties de votre long périple…..entre l’accueil mitigé et le peu d’attrait historique. Il faut aimer les rizières !!! L’histoire très récente marque encore certainement les gens et les paysages.
    Vous nous racontez maintenant des ascensions incroyables, comme s’il s’agissait d’une balade au bord de la Lys, mais un énorme bravo quand même à vous deux.
    Tout le monde est impressionné par l’exploit physique que vous êtes en train de réaliser jour après jour.
    Enormes bisous à vous deux.

  2. Toujours aussi émerveillée en vous lisant ! Le bun cha me donne bien envie Bisous

  3. Je confirme le caractère impressionnant que dégagent jour après jour vos récits. Le tracé sur la carte devient vraiment impressionnant lui aussi, et je suis épatée par votre rythme de progression.
    J’étais moi aussi persuadée que ce pays vous offrirait davantage d’émerveillement qu’il semble l’avoir fait… Vivement la suite, peut-être plus gratifiante…
    Un énorme bravo à vous deux pour votre courage et votre ténacité. C’est bel et bien un exploit que vous êtes en train d’accomplir – que vous avez d’ores et déjà accompli!
    Des pensées affectueuses et de gros baisers vers vous, Salomé et Rémi, valeureux voyageurs!
    Toujours vous suivant au jour le jour.
    Nathalie

  4. Une de plus (frontière)! 😉
    Belles et bonnes journées dans ce nouveau pays.
    Gros baisers.
    Nathalie

  5. Superbes photos!!!!
    Bravo pour les 6000.
    Une énigme en prime (les gaufres de la mamie de Salomé, vraiment???? Un miracle d’Anne, peut-être….).

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