Retour en selle !

New Delhi, c’est grand. Très grand. Et comme il n’est jamais très agréable de pédaler en ville, nous avons décidé de prendre le train vers Bareilly, une petite ville située à une centaine de kilomètres de la frontière avec le Népal.

Dans la gare de New Delhi, il existe un bureau international spécialement adressé aux touristes désirant acheter leurs billets, mais il n’est pas si facile d’y accéder. Quand on essaie d’entrer dans la gare, on est en effet arrêté de manière très autoritaire par des hommes qui nous expliquent que le bureau a fermé, ou a été déplacé et qu’il faut se rendre à une nouvelle adresse. Nous avions été mis en garde contre ce type d’arnaque particulièrement retors, mais au moins cinq personnes différentes nous ont assuré la même chose, et avec tellement d’aplomb que nous avons fini par suivre l’un d’entre eux (affirmant être « employé à la gare ») vers le « nouveau » bureau. Il y a marqué « Ministry of tourism » sur la facade, c’est que ça doit être bon, non ?

Là, c’est le drame. On nous dit que tous les billets pour Bareilly ont été vendus (après tout, c’est le Nouvel An) et que la station de bus est loin en dehors de la ville. Seule solution, emprunter un taxi qu’on offre gentiment de louer pour nous, au prix modique de 11000 roupies, soit environ 150€. Merci, mais non.

Complètement dépités, nous mettons un moment à réaliser que nous avons failli être victimes d’une arnaque plutôt classique, ce qui nous est confirmé par le réceptionniste de notre hôtel. Rassemblant tout notre courage, nous retournons à la gare. On tente à nouveau de nous arrêter, mais nous fonçons tout droit ! Une fois à l’intérieur du bâtiment, il est très facile de trouver le bureau international, fléché un peu partout.

S’ensuit une longue et laborieuse succession d’allers-retours : au guichet, on demande combien ça va nous coûter d’embarquer les vélos ; on nous réoriente vers le service des cargos, à l’autre bout de la gare ; ils nous donnent un prix (dérisoire d’ailleurs), mais ne peuvent pas nous faire de réservation tant qu’on n’a pas les billets ; on retourne au guichet, acheter notre billet, puis à nouveau au service des cargos: « il faut revenir demain, là c’est trop tôt ! ». Bon. On a nos billets de train, victoire !

En attendant le train, gare de New Delhi

Les porteurs attendent pour charger leurs colis

Mais tout ne s’arrête pas là. Le lendemain, après avoir dit au revoir à nos familles qui rentrent en France, on retourne au service des cargos 3h avant le départ de notre train. Il y a un grand hangar rempli de colis et des gens qui se pressent de toutes part pour peser leurs bagages et remplir des formulaires. On arrive tant bien que mal à accéder à un guichet et à compléter tous les papiers, quand on nous apprend que les vélos ne partirons pas dans le même train que nous. « Il faudra attendre dix heures du soir à la gare de Bareilly pour venir les chercher ! ». Devant nos regards désemparés, le fonctionnaire qui s’occupe de nous passe un coup de fil à notre train : c’est bon, on aura le droit de les charger.

On nous emmène quai numéro 6, en nous disant de patienter. Devant nous, une montagne de cartons qui attendent d’être chargés dans le wagon bagages. Des personnes arrivent petit à petit en tractant de lourds chariots, chacun essayant de se placer en bonne position dans la file. Quand le train entre en gare, tout le monde se rue pour charger ses colis en premier ! On ne sait pas trop comment s’y prendre avec nos vélos, mais les hommes s’occupant du chargement font bien leur travail : les vélos se retrouvent soigneusement calés entre les cartons, aucune chance qu’ils ne s’abîment. Il ne nous reste plus qu’à nous dépêcher vers notre wagon avant le départ. C’était sport, mais on a réussi !

Dans le train vers Bareilly

Dans le train vers Bareilly

Les trains en Inde sont séparés en plusieurs classes : les meilleures ont l’air conditionné, la deuxième moins bonne (celle où nous sommes) est la classe sleeper, couchettes sans air conditionné (la moins bonne classe est disponible sans réservation : on s’entasse le plus possible sur des sièges en bois !). Les trains parcourent de très longues distances, sans être très rapides : certains à côté de nous se préparent à passer la nuit dans le train, et nos compagnons de couchette en sont à leur troisième jour sur les rails !

Nos compagnons de couchette, de retour de leur championnat d'athlétisme !

Nos compagnons de couchette !

Ce sont des jeunes rentrant d’un championnat d’athlétisme. Ils sont très sympathiques, à l’exception de l’un d’entre eux qui ne cesse d’émettre des remarques insistantes envers Salomé, en finissant par lui faire un baisemain volé avant de descendre du train. Charmant.

Mais cela ne gâche pas l’ambiance dans la classe sleeper, qui reste assez conviviale. Chaque petite cabine est occupée par six couchettes superposées par groupes de trois ; tant que personne ne veut s’allonger, on peut replier les couchettes du milieu pour obtenir deux grandes banquettes sur lesquelles s’asseoir. Des vendeurs de nourriture et de thé passent régulièrement dans l’allée, il est donc possible d’obtenir son repas à prix modique !

On descend à Bareilly après environ 2h30 de train. Là, c’est encore toute une histoire pour récupérer les vélos. Il faut commencer par courir auprès du contrôleur pour lui dire d’ouvrir le wagon bagages. Celui-ci retient le train tout en appelant un employé de la gare. Il faut attendre 10 minutes pour que ledit employé accoure et retire le sceau qui empêche l’ouverture du wagon. On peut alors descendre les vélos, mais ce n’est pas fini ! Il faut les apporter dans la gare, écrire son nom dans un grand registre et signer une déclaration justifiant que les vélos n’ont pas été abîmés pendant le transport. Enfin libres !

On passe une excellente soirée à Bareilly dans la famille d’Adarsh et Rani, contactés sur Couchsurfing. On rend visite à la sœur de Rani avant d’aller au temple tous ensemble (dédié à Krishna). On découvre les pâtisseries indiennes, et on apprend à cuisiner des chapatis !

Rani et sa soeur nous apprennent à cuisiner les chapatis

Leçon de cuisine avec Rani et sa soeur

Avec un tel accueil, il est difficile de repartir le lendemain. D’autant plus que Rani et sa sœur prennent Salomé à part pour lui faire enfiler un sari magnifique ! Avec tous les bijoux, ce vêtement n’est pas destiné à être porté tous les jours, mais seulement pour les grandes occasions.

Salomé en sari

En tenue de soirée (enfin, Salomé)

Et c’est parti, on se remet à pédaler ! Rouler sur les routes indiennes n’est pas aussi difficile qu’on l’attendait, mais ce n’est pas très reposant. Il y a des klaxons en pagaille et du monde partout. Les indiens qui nous doublent ont des comportements très divers : parfois ils nous jettent un regard noir, d’autres fois ils nous suivent sans rien dire sur 500 mètres, et deux fois on se fait arrêter pour prendre un selfie !

On trouve de la nourriture partout sur le bord de la route : on en profite pour essayer les plats que l’on avait boudés jusque là, par peur de tomber malades : samossas très épicés et piments enrobés de pâte et frit dans l’huile.

Un instant de tranquillité

Instant tranquillité sur le bord de la route

Arrêtés dans une ville pour faire quelques courses, on est témoins d’un épisode étrange. Salomé surveille les vélos pendant que je me débats dans l’épicerie pour connaître le prix des pâtes. Quand je reviens, elle est entourée par une trentaine d’indiens qui forment un cercle compact. Ils ne sont pas du tout agressifs, mais la plupart la regarde sans rien dire, avec un air presque indifférent. C’est très étrange et ça nous laisse assez mal à l’aise…

Un autre point très perturbant en Inde : sur la route, on n’aperçoit aucune femme. Ou plutôt si, mais quand on les voit elles sont toujours affairées à des travaux qui semblent épuisants : dans les champs, en train de réparer la route, ou bien en train de transporter de lourdes charges dans des paniers placés sur leur tête. Il est extrêmement rare de voir une femme conduire elle-même un vélo ou un scooter (elles sont par contre souvent transportées par un homme). Les hommes, eux, sont majoritairement assis à l’ombre en train de boire leur thé et de discuter. La séparation des rôles a le mérite d’être claire.

En route vers le Népal

On vous laisse imaginer le trafic

En Inde, il est également très difficile de trouver où camper : chaque espace qui n’est pas habité est cultivé. On parvient à planter la tente dans un espace minuscule entre un champ de blé et la ferme attenante. Les propriétaires nous font découvrir le thé à l’indienne : du thé noir qui infuse dans un mélange eau-lait, épicé au gingembre. C’est délicieux !

...mais jamais très loin des habitations

Pas facile de trouver où bivouaquer !

La vie en Inde commence très tôt, il y a beaucoup de bruit autour des maisons dès 5h du matin. Il ne nous reste qu’une vingtaine de kilomètres jusqu’à la frontière avec le Népal, aisément parcourus. La séparation entre les deux pays est matérialisée par une large rivière.

Vers le Népal !

En route vers le Népal !

La traversée du pont marque notre sortie de l’Inde, un pays dont on ne sait quoi penser : éreintant par sa circulation, sa pollution, son agitation incessante ; mais regorgeant de personnes accueillantes et attachantes ; et surtout fascinant de par sa mosaïque d’ethnies qui cohabitent, sa spiritualité omniprésente et ses nombreux rites qui se superposent. Il faudra revenir !

Les photos sont ici.

3 commentaires

  1. Chaud, chaud, l’épisode arnaque! D’autant que la suite n’est pas de tout repos non plus… Mais finalement, il semble qu’une fois aux mains des bonnes personnes, ce soit plutôt la bienveillance qui l’emporte. Après une telle journée, j’imagine le(s) ouf(s) qui ont pu vous échapper une fois chez vos hôtes, ce soir-là!
    Magnifiques aperçus de cette bonne soirée!
    Merci pour ce nouveau récit comme toujours passionnant.
    De gros baisers à tous les deux, et des pensées pour la suite!
    Nathalie

  2. il faut avoir beaucoup de courage pour faire ce que vous faites – Avec d’aussi bons commentaires , c’est un régal de partager avec vous ceux-ci – Notre esprit s’envole à travers le monde – c’est vraiment passionnant –

    gros bisous de la part de Jo et Yvonne

  3. Eh bien, nous avions partagé le début de cet épisode avec vous, mais la suite n’était pas plus simple. Quel pays compliqué dans les relations avec les gens. La place de la femme, celle des occidentaux….tout pose question. Finalement, l’épisode du train s’est plutôt bien terminé !
    La suite au Népal….
    Gros bisous à vous 2. Bon Spasfon….

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