Au pays des avocats

Après 24h passées dans deux avions, pendant lesquelles nous voyons défiler deux nuits successives, nous atterrissons sans encombre à l’aéroport de Santiago. Enfin, presque sans encombre : pour la première fois depuis le début du voyage, nos vélos ont pris quelques petits coups dans l’avion et Salomé se retrouve avec un garde-boue et un phare légèrement endommagés. On découvre qu’il n’est pas inutile d’aller se plaindre au bureau de la compagnie : ils nous offrent un dédommagement plus qu’avantageux !

On entre dans Santiago sans trop faire d’efforts : c’est une très grande ville, mais qui comporte beaucoup de rues calmes sans grande circulation, et surtout beaucoup de pistes cyclables ! Comme nous allons le découvrir dans les prochains jours, Santiago est un paradis pour cyclistes. C’est l’été ici, et il fait plutôt chaud.

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On retrouve avec joie les pistes cyclables !

La première chose que l’on remarque en entrant dans la ville, ce sont les montagnes. La cordillère des Andes se dresse à quelques dizaines de kilomètres, et il est difficile de l’ignorer. Nous allons la traverser dans deux semaines pour atteindre l’Argentine, de l’autre côté. Il s’agirait de ne pas se laisser impressionner ! Pas facile, quand on sait que la plupart des sommets qui nous font face sont sans doute aussi hauts que le Mont Blanc.

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Dans les rues piétonnes de Santiago

Pour l’heure, notre seule préoccupation est de trouver l’immeuble de nos hôtes pour nous reposer des 10h de décalage horaire dont nous souffrons par rapport à Bangkok. Nous sommes accueillis par Victor et Daniela, deux cyclistes qui ont un peu voyagé au Chili et prévoient un grand voyage le long de la Panaméricaine (une route mythique !). Comme beaucoup d’immeubles récents dans Santiago, le leur est doté d’une piscine au dernier étage ! Une surprise plutôt agréable.

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Pas mal.

On aime beaucoup Santiago : c’est une ville énorme, mais on s’y sent bien. Les rues sont vivantes, les bâtiments colorés et l’ambiance y est détendue. Point bonus pour nous : il y a énormément de cyclistes ! Le dimanche matin, une bonne partie des rues sont fermées aux voitures et tout le monde est de sortie. Victor nous emmène pédaler au Cerro San Cristóbal, une colline qui surplombe la ville. Sans les sacoches, trop facile d’atteindre le sommet ! En haut, la mairie a mis en place un système de parking surveillé gratuit pour les vélos : tout est fait pour inciter les gens à pédaler.

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En haut du cerro San Cristóbal !

On participe également à notre première « masse critique » : une manifestation rassemblant plusieurs centaines de cyclistes qui imposent leur allure aux voitures, permettant à chacun de pédaler en toute sécurité. On voit toutes sortes de montures : du vélo de course au vélo pliant en passant par toutes sortes de constructions plus ou moins improbables. Le tout s’accompagnant de cris, de musique et de sifflets, c’est plutôt amusant d’en faire partie !

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La route est aux cycliste pour la masa critica !

Vélo mis à part, nous avons aimé nous promener dans le « musée à ciel ouvert » de San Miguel, un pâté de maisons au sud de la ville dont les murs sont ornés de plusieurs grandes fresques réalisées par des artistes. Nous faisons également une visite moins joyeuse au musée de la Mémoire qui retrace les années sous la dictature de Pinochet accompagnées de torture, disparitions mystérieuses et provoquant l’exil de milliers de Chiliens.

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Le musée à ciel ouvert

Côté nourriture, on découvre avec plaisir le fruit national : l’avocat ! Les Chiliens le mangent à tous les repas : le petit-déjeuner typique est composé de plusieurs tranches de pain sur lesquelles on tartine de l’avocat, qu’on accompagne de fromage (ceci deviendra notre petit-déjeuner et notre pique-nique favoris pendant les semaines à venir). On garde dans nos cœur l’en-cas emblématique du Chili, le completo : un hot-dog sur lequel on a ajouté des tomates, de la pâte d’avocats et une bonne dose de mayonnaise !

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Le completo, plat national

Après une bonne semaine à Santiago, nous disons au-revoir à Victor et Daniela et partons vers l’ouest pour rejoindre la côte. On pourrait croire que ça descend, mais non : il va nous falloir franchir une petite chaîne de montagnes. Les paysages sont très secs, on pédale au milieu des cactus ! Nous sommes accueillis pour une nuit dans la famille de Sara, à Tiltil. Ils nous font découvrir les tunas, des fruits juteux qui poussent sur certains cactus. Il faut les cueillir avec des gants, sous peine de se retrouver les mains couvertes d’épines…

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Les fruits jaunes sur les cactus, ce sont des tunas !

On est très contents de passer la soirée dans cette famille qui nous accueille à bras ouverts. Le lendemain, nous partons franchir les montagnes de la Dormida, dernier barrage qui nous sépare de la côte. Ceci se révèle plus difficile que prévu, mais nous sommes encouragés par un compagnon qui nous rejoint à l’improviste : un chien débarqué du côté de la route, qui nous suivra pendant près de deux heures jusqu’en haut du col ! Là-haut, on discute avec un couple de retraités français en train de faire un road-trip dans le centre du pays.

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Pas facile la montée… Heureusement que Ernest (le chien) est là !

Et c’est la descente, avec des vues magnifiques ! Il reste encore quelques buttes, mais plus d’obstacles majeurs avant d’atteindre l’océan. Nous sommes quand même un peu aigris en découvrant que le seul chemin possible passe par 500m d’autoroute ; il y a beau avoir un large bas-côté, ce n’est jamais très agréable.

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C’est parti pour la descente !

Nous nous arrêtons quelques kilomètres avant Valparaiso, dans la ville de Quilpué. Là, nous sommes accueillis par Coni et sa famille avec qui nous passons trois jours formidables ! Le papa est pâtissier averti à ses heures perdues et nous laisse emprunter ses poêles à crêpes (une rareté en dehors de la France !). Nous dégustons les crêpes dégoulinantes de manjar : c’est ce qu’on appelle « confiture de lait » en France, qui est ici aussi omniprésente que le Nutella l’est chez-nous !

En plus de partager de bons repas, Coni nous emmène marcher dans les rues de Valparaiso. On découvre une ville portuaire dont les rues tortueuses recèlent un charme plus tranquille que celui de Santiago. Le poète Pablo Neruda y possédait une maison que l’on a visitée, pleine de bric-à-brac issu de sa collection. On apprécie particulièrement la chambre à coucher et son impressionnante baie vitrée qui permet de jouir dès le réveil d’une vue imprenable sur le port et la mer.

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Quand on a cette vue au réveil, on est certain de passer une bonne journée !

On marche ensuite vers le quartier touristique de Cerro Concepción. Les maisons colorées et les murs couverts de fresques magnifiques rendent la promenade plus qu’agréable. L’ensemble dénote cependant avec les façades un peu plus décrépies du centre-ville, qui donnent l’impression d’avoir marché dans un îlot un peu artificiel destiné avant tout aux touristes et aux familles aisées de la ville. Qu’importe ! Valparaiso est l’un de nos nombreux coups de cœur du Chili.

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L’une des nombreuses fresques de la ville

Le lendemain, nous partons avec Coni, son frère Rafael et leur amie Pia pour un grand tour à vélo le long de la côte. Nous voyons des lions de mers se prélasser sur les rochers, et nous découvrons une autre spécialité commune à l’Espagne et à de nombreux pays d’Amérique du Sud : les empanadas ! Ce sont des sortes de gros chaussons en pâte brisée, fourrés à la viande, aux légumes et/ou aux fromages. Pas mal pour reprendre des forces avant la suite de la balade.

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L’autre en-cas classique du Chili : les empanadas

L’heure de quitter Quilpué arrive trop vite… On a bien hésité à rester plus longtemps au Chili, d’autant plus que toutes les personnes que nous avons rencontrées nous encouragent à pédaler sur la Carretera Austral, une route magnifique au sud du pays. Mais à ce moment-là, nous avons envie de découvrir les pays d’Afrique qui figurent sur notre itinéraire, et il serait difficile et coûteux de modifier nos billets d’avion ! On quitte donc Coni la larme à l’œil pour repartir vers les Andes.

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Merci Coni !

Notre route nous emmène à travers La Cruz, capitale de l’avocat au Chili. On en profite pour faire des réserves en achetant suffisamment d’avocats pour faire tous nos pique-nique des prochains jours. Activement occupés à en déguster un dans la pelouse d’un parc, on croise un fan qui nous offre une grosse bouteille de jus d’ananas en nous tenant un discours en espagnol dont nous ne comprenons que la moitié des mots (enfin, j’en comprends un quart et Salomé trois quarts).

Difficile de trouver où poser la tente ce soir-là ! Toutes les maisons sont barricadées derrière de hauts murs ou de grands grillages, on ne voit pas grand monde dehors et toute la place de part et d’autre de la route est occupée par de grandes plantations d’avocats (et donc plus de murs et plus de grillages pour garder les voleurs dehors). Mais tout finit bien lorsqu’une très gentille dame nous guide jusqu’au terrain de football du village, bien à l’écart de la route, où nous pouvons camper sans problème.

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Les cactus sont toujours présents

Nous arrivons à Los Andes le lendemain, dernière grosse ville avant la frontière. Nous allons passer une bonne nuit de sommeil chez notre hôte avant de nous attaquer au col du Christ Rédempteur. Au programme : deux jours d’ascension qui devraient nous emmener de 820m à 3820m d’altitude pour passer le col et entrer en Argentine !

Les photos de ces deux semaines au Chili se trouvent ici.

8 commentaires

  1. Ça donne vraiment envie d y aller ! !! A refaire vers le sud pour vous!
    Bisous.

  2. Une pensée pour mon collègue chilien qui avoue avoir du mal à aimer Nantes: pas assez de montagnes, pas assez de couleurs!… Je vois ce qu’il veut dire!
    Et, en effet, j’avais imaginé un trajet vers la côte de tout repos pour vous… Alors que vous en avez pris plein les pattes!
    Encore un bel épisode que vous nous racontez. Merci de nous embarquer avec vous!
    On devine que le prochain sera épique…
    Des pensées, toujours, vers vous,
    et toujours de gros baisers,
    Nathalie

  3. ça m’a l’air bien sympathique par là-bas aussi…
    Et hop, un pays à ajouter à ma liste de pays à visiter…

    Je vous embrasse, suis un peu désolée de vous voir rentrer bientôt.. mais entends aussi ce plaisir de rentrer…

    A bientôt donc….. Irai à votre rencontre sur la cote atlantique si je peux, à 4 roues surement, en musique vitres baissées…

  4. Bon vol 😉
    Baisers.
    Nathalie

  5. PS: sympa d’en savoir un peu plus sur les voyageurs que vous avez croisés (grâce à votre rubrique “rencontré-e-s”)!

  6. Contente de vous savoir à Madrid 😉
    Profitez-bien de votre séjour.
    Gros baisers,
    Nathalie

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