Le Cambodge, « c’est tout plat » !

Quelques kilomètres et tout change. Le poste-frontière déjà : côté vietnamien, il s’agit d’un grand bâtiment en béton à moitié vide, dans le plus pur style communiste. Côté cambodgien, une dizaine de cabanes en bois et des douaniers qui passent les heures chaudes allongés dans des hamacs. Ça donne le ton !

Une petite demi-heure et un nouveau visa plus tard, on entame le pédalage au Cambodge ! Les maisons de béton du Vietnam ont cédé la place à de belles constructions en bois, souvent surélevées sur de hauts pilotis. C’est probablement pour éviter que serpents et scorpions n’entrent dans les pièces à vivre ! L’espace à l’ombre sous les pilotis devient parfait pour faire la sieste dans son hamac, loisir que semblent particulièrement apprécier les habitants. On a bien fait d’apporter le nôtre !

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Les belles maisons en bois du Cambodge

Arrivés dans la première ville après la frontière, on découvre rapidement la cuisine khmer. La nourriture aussi change beaucoup par rapport au Vietnam. On repère les petits restaurants du bord de route à leur étalage de marmites en devanture. Il faut soulever tous les couvercles pour trouver un plat qui nous convient, et celui-ci sera servi accompagné d’une bonne plâtrée de riz : parfait pour reprendre des forces ! Bien sûr, on ne reconnaît pas toujours ce qui mijote dans les marmites et il faut choisir un peu au hasard : pas de panique, c’est souvent bon !

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Une cantine typique avec ses marmites !

Le petit-déjeuner est notre moment favori : dans le meilleur des cas, on obtient une grosse assiette de riz recouverte de porc grillé et d’un œuf au plat, accompagné d’une petite soupe et de légumes au vinaigre… un délice.

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Un super petit-dej pris dans la rue !

C’est donc l’estomac bien rempli que l’on bifurque de la route principale pour prendre la direction du sud, vers Sen Monorom. Nous sommes littéralement au milieu de nulle part : on traverse une grande réserve naturelle presque vide d’habitants. Il n’y a qu’un village sur notre route ce jour-là, c’est là que nous nous arrêtons ! On nous autorise gentiment à installer notre tente dans une salle de classe de l’école.

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Retour à l’école

Le lendemain, nous passons près d’un épisode dramatique ! Nous comptions sur notre arrivée dans la petite ville de Koh Neak pour retirer de l’argent. Problème : la banque qui apparaît sur notre carte n’a en fait pas de distributeur. En ajoutant à cela le fait que les repas coûtent chers sur cette route, nous nous retrouvons avec trop peu d’argent pour manger !

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Pas grand chose à l’horizon…

En parlant d’argent, nous avons pu constater un fait très étrange : les banques du pays semblent ne délivrer que des dollars américains ; nous pensons d’ailleurs que les distributeurs ne sont utilisés que par les touristes (les cambodgiens retirent leur salaire en liquide auprès de guichets spéciaux). Dans tout le pays, le dollar circule comme une deuxième devise. Quel que soit le commerce, on peut toujours substituer un dollar à 4 Riels sans que le commerçant ne s’en offusque (c’est encore plus vrai dans les zones touristiques, où les prix ne sont affichés qu’en dollars).

Plus d’argent, donc. Mais nous avons de la chance dans notre malheur, puisque aujourd’hui est la veille du nouvel an lunaire, grand jour de fête au Cambodge. On se fait donc inviter par le patron d’un restaurant qui a fermé pour la journée pour célébrer en famille. Pour faire la fête au Cambodge c’est simple, il faut boire de la bière. Beaucoup. Notre hôte a commencé à 9h du matin, et compte finir tard dans la soirée. Ils ont d’ailleurs un proverbe qu’on nous traduit par : « Bois pour être saoul. Si ce n’est pour être saoul, pourquoi est-ce que tu bois ? ». Comptant pédaler le lendemain matin, on décide très vite de faire semblant.

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La famille qui nous sauve le jour du Nouvel An !

« Le Cambodge, c’est plat », avons-nous pu lire sur de nombreux blogs de voyage. Pourtant, on nous apprend que Sen Monorom signifie « l’endroit où les collines se rejoignent ». Des collines ? De petites montagnes, plutôt ! Autant dire que l’arrivée à Sen Monorom est éreintante. Heureusement, nous sommes récompensés par l’accueil de Romain, le frère d’un copain d’enfance de Salomé qui travaille depuis quelques années dans une plantation d’hévéas au Cambodge (les hévéas, ce sont les arbres qui produisent le caoutchouc).

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L’arbre est saigné pour récolter sa sève, qui en coagulant permet d’obtenir du latex

La maison de Romain regorge de trésors pour nous : l’un d’entre eux est de pouvoir s’offrir un petit-déjeuner « comme chez nous » avec lait, céréales et pain, des produits introuvables dans les régions où nous sommes depuis un mois ! Romain nous fait découvrir le fonctionnement de sa plantation et nous explique comment sont incisés les hévéas et comment le latex est récolté. Les dimensions de l’exploitation sont proprement gigantesques et il est indispensable d’être en moto ou pick-up pour en faire le tour. Les touristes viennent à Sen Monorom pour admirer les cascades de Busra ; avec Romain, nous sommes allés pique-niquer près d’une cascade au moins aussi belle que nous avons eue pour nous tous seuls !

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C’est donc ça, la jungle du Cambodge !

En plus des hévéas, notre route passe à côté de beaucoup de plantations de poivre, de café, et de manioc. Les fermiers font souvent sécher leur manioc sur le côté de la route, ce qui dégage une odeur assez caractéristique.

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Du manioc en train de sécher sur le côté droit de la route

On croise également assez régulièrement de beaux temples bouddhistes. Ceux-ci sont toujours grand ouverts et accueillent volontiers les voyageurs le temps d’une sieste ou pour passer la nuit. On a dormi une fois dans une pagode en bois en compagnie d’une dizaine d’autres personnes. L’une d’entre elles, un homme d’une soixantaine d’année, nous raconte l’horreur de son passé sous la dictature des Khmers Rouges (« on n’avait que la peau sur les os »). Selon lui, la situation politique actuelle n’est toujours pas rose ; quand on voit que le premier ministre se vante d’avoir été au pouvoir depuis près de 20 ans et a son portrait affiché dans toutes les villes, il y a en effet de quoi se poser des questions.

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Quand on vous dit qu’on a bien fait de le prendre, notre hamac…

Peu avant la ville de Kampong Cham, Salomé est malencontreusement victime d’une crevaison. La réparation intrigue les élèves (et les professeurs !) d’une école voisine, qui accourent pour nous observer. Nous finissons par être invités dans la salle de classe pour discuter avec les élèves, qui nous font l’honneur d’une démonstration de danse traditionnelle. On nous offre même le repas !

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Le public est présent pour observer la pose de rustine

La ville de Kampong Cham est l’un des trois points de passage possibles pour traverser le Mékong. Nous y passons un jour de pause pour savourer cette atmosphère particulière qui tient à la proximité du fleuve, encore plus détendue que la moyenne du Cambodge. Tous les ans, les habitants construisent (à la main) un pont de bambou pour accéder à une petite île. Indispensable à la vie de l’île, le pont est emporté pendant les crues de la saison des pluies, et tout est à refaire l’année suivante.

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Le fameux pont de bambou qui enjambe le Mékong

On aime se promener dans le marché de la ville, ouvert tard le soir. On peut y déguster des desserts surprenants, constitués d’un assortiment de petits fruits et/ou pâtisseries que l’on recouvre de lait concentré et de lait de coco.

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On mélange toutes les petites pâtisseries du stand dans un verre, on ajoute du lait de coco, et voilà un dessert !

Après Kampong Cham, notre route nous emmène vers le nord pour atteindre Siem Reap et les fameux temples d’Angkor. On fait un arrêt dans la ville de Skun pour découvrir les spécialités locales !

La route vers Siem Reap longe un lac immense, le plus grand d’Asie. Mais celui-ci est loin de nous, et nous ne l’apercevrons pas avant plusieurs jours ! En fait de paysages, on ne voit pas grand-chose sinon quelques villages qui se ressemblent tous, des cocotiers qui bordent la route et de grandes prairies qui semblent désertes. Nous nous arrêtons régulièrement pour savourer un jus de canne à sucre dans les petites boutiques sur le bord de la route, super efficace pour refaire le plein d’énergie.

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Ici, les stands de canne à sucre se déplacent en scooter !

Mis à part un épisode particulièrement salissant où nous devons rouler pendant une dizaine de kilomètres sur de la route de terre, nous arrivons sans encombre à Siem Reap. Nous nous apprêtons à découvrir une toute autre atmosphère dans ce hub touristique qui abrite les fameux temples d’Angkor.

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Une heure de route dans la poussière, voilà ce que ça donne !

Les photos du Cambodge sont par ici !

8 commentaires

  1. Merci, merci pour cette suite de vos aventures! Un petit gommage à la terre du Cambodge, voyez-vous ça…. Ca rend plutôt bien, ceci dit!
    Lecture toujours aussi passionnante.
    On attend la suite avec impatience!
    De gros baisers et toujours des pensées.
    Prenez soin de vous.
    NaThalie

  2. Quelle hospitalité ! C’est génial. Bon, s’il faut boire de la bière pour avoir à manger….. pour des “à moitiés nordistes”, ca va.
    Pourquoi c’est toujours Salomé qui crève???? Hein??
    Gros bisous à vous deux.
    Et à bas les camions !

  3. C’est moi ou vous avancez plutôt vite ?

    Profitez-en bien et recommencez ! 🙂

  4. Ah, encore un pays où vous me donnez une méga envie d’y voyager!!!
    Oui, c’est vrai ça, pourquoi, c’est le vélo de Salomé qui crève aussi souvent..? Le garçon qui a fait 3 ans d’ateliers vélo, il l’a monté comment le vélo de Salomé? Il les a choisies comment les pièces? Avec ou sans bières?
    J’aime beaucoup les modes d’hébergement: Écoles, temples,…
    Profitez, profitez, même si vous avez des petits coups de mous parfois…
    Sachez en tous les cas que vous nous donnez beaucoup de plaisir à vous suivre…
    Maousses bises…

  5. Superbe galerie de photos, une fois de plus…
    7000, congratulations!!!

  6. Hi, Salome and Remi

    Nice to see you are fine on your biking journey. I just came back to Hanoi last week. Will follow your biking blogs and wish you all best. Take care and good luck.

  7. Bon, là, maintenant, c’est sûr, plus la peine de le cacher, vous avez planqué des moteurs dans vos vélos… Ne niez pas, on ne croit plus….
    😉

  8. Ah, oui, je n’avais pas vu les petites ailes 😉
    Profitez-bien de Buenos Aires!
    Gros baisers.
    NaThalie

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