À la maison à Buenos Aires

Nous sommes réveillés en pleine nuit par le chauffeur de notre car qui transmet un message en espagnol. Nous sommes arrêtés sur le bord de l’autoroute, il est 2h du matin. Encore endormis, nous ne comprenons pas un mot et enquêtons auprès de nos voisins. Certains se lèvent et descendent du bus, d’autres se rendorment. « Esta roto ! » Avons-nous bien entendu ? Il semblerait que le car soit « cassé ». Et alors, que faisons-nous ? De plus en plus de passagers descendent. Nous allons enquêter auprès de deux jeunes femmes qui parlent anglais, et elles nous apprennent que le bus ne repartira pas, à nous maintenant d’arrêter un autre bus et de nous arranger pour monter dedans. Nous qui rêvions de repos, nous sommes servis.

Nous déchargeons les vélos, puis patientons une petite heure sur le bord de la route. Un bus passe, prend quelques passagers mais pas nous. Un deuxième arrive, et il semble y avoir de la place pour tout le monde. Encore faut-il réussir à caser nos vélos dans la soute déjà pleine. Mais heureusement, nous avons l’expérience turque avec nous ! Bientôt 4h, et nous pouvons enfin nous rendormir dans le car.

Nous arrivons dans la capitale épuisés, mais sous un beau soleil. Au terminal, accrochage avec un monsieur de la compagnie qui nous réclame plus d’argent pour les vélos. Après la nuit que nous venons de passer et compte tenu du fait que nous avons fait tout le chargement nous-mêmes, il en est hors de question. En prime, je vais me plaindre au bureau de la compagnie, ça me permet d’exercer mon espagnol !

Les premiers coups de pédale se font le long de la côte : nous retrouvons l’Atlantique, quitté il y a huit mois. La vue de l’océan nous fait toujours autant plaisir, tout comme les pistes cyclables urbaines. La circulation est assez facile dans Buenos Aires, grâce au quadrillage et à la hiérarchisation des voies de circulation.

Nous nous dirigeons vers le Sud de la ville, où nous avons loué un appartement via AirBNB. Nos premiers jours en Argentine nous avaient en effet amenés à prendre conscience de notre envie de nous reposer et surtout, de retrouver des habitudes et un mode de vie de sédentaires. Nous arrivons dans un quartier résidentiel aux immeubles colorés et nous rencontrons Gonzalo notre voisin pour deux semaines qui a des plantations intéressantes sur sa terrasse. Notre appartement est petit et coloré, parfait pour constituer à la fois un petit chez-soi et une base d’exploration de la ville.

Find Salomé

L’entrée de notre immeuble

Quelle joie de profiter de nouveau de tout le confort d’une maison ! Une salle de bains, des toilettes, un lit, un canapé… Surtout, je jubile à l’idée de pouvoir ranger enfin mes affaires dans un placard. Mes vêtements sont pour la première fois pliés et posés à plat. Finie la pêche à la paire de chaussettes perdue dans le fond de ma sacoche ! Nous nous réjouissons aussi de pouvoir de nouveau faire de vraies courses, grâce à la présence d’un réfrigérateur. Plus besoin de passer à l’épicerie tous les jours pour acheter le strict minimum. Ici, on peut prévoir sur quelques jours, et se remettre à cuisiner facilement. La gazinière, quelle belle invention !

C’est l’occasion pour nous de tenter quelques unes des recettes apprises en route : falafels, alfajores… Nous prenons d’ailleurs des habitudes alimentaires argentines ! Nous ne quittons plus notre maté et refaisons nos stocks de dulce de leche (ne surtout pas dire manjar en Argentine, c’est le terme chilien !). En bons sédentaires, nous nous mettons aussi à recevoir des amis. C’est l’occasion d’inviter Milad, notre hôte à Trieste aujourd’hui en stage à Buenos Aires, à venir manger à la maison. Enfin, nous pouvons commencer à rendre la pareille et nous transformer en hôtes.

Mate, mate, toute la journée !

Mate, mate, toute la journée !

Cette pause nous donne l’occasion de réfléchir à ce dont nous avons envie pour la suite du voyage. Fatigués, nous envisageons la dernière partie de notre voyage, sur le continent africain, comme un recommencement et un nouveau périple qui devrait nous prendre trois mois. Difficile de se projeter alors que tout ce à quoi nous aspirons maintenant, c’est de retrouver une maison et notre entourage… Nous prenons la lourde décision d’échanger nos billets d’avion et de rentrer directement en Europe, afin d’éviter de subir la fin de notre voyage. Ne vous inquiétez pas, l’Afrique du Sud nous intrigue toujours autant, le Lesotho et le Mozambique nous font encore rêver, et nous avons très envie de (re)découvrir le Maroc depuis nos montures, mais ce sera à l’occasion d’un futur voyage.

L’échange de nos billets est un parcours du combattant. Travel Nation, l’agence par laquelle nous sommes passés pour les réserver, est censée rendre le processus facile ; ils mettent en avant la flexibilité de leur formule. Flexibilité, mon œil. Nous bataillons par e-mail et au téléphone pendant une semaine pour échanger nos billets, et l’addition reste très salée. Nous ferons un bilan de cette formule dans un prochain article, mais si je devais résumer : pas cher, mais flexibilité zéro. Enfin, le résultat est là : nous nous envolons le 3 avril pour Madrid !

San Telmo

Dans les rues de San Telmo

C’est soulagés et dans une disposition d’esprit bien plus favorable que nous pouvons nous lancer à la découverte de Buenos Aires. Nous nous promenons beaucoup. Notre quartier est sympathique, avec ses rues colorées et ombragées. Quand on s’approche de la gare de Constitucion cependant, nous sommes un peu plus mal à l’aise : c’est un quartier plus pauvre, avec beaucoup de commerces mais où l’on n’aime pas vraiment se promener en soirée. Dans la rue, on croise des personnes sous l’emprise de substances qui interpellent les passants. Rémi se voit proposer les services de prostituées. Non loin, on atteint le quartier touristique de San Telmo : immeubles de charme, petits restaurants et cafés aux terrasses ombragées. Ambiance totalement différente, calme et un peu plus artificielle ; on croise des danseurs de tango sur les places ou en terrasse, en pleine démonstration pour les touristes. Dans ce quartier, on visite un petit marché, ainsi que les musées d’art moderne et d’art contemporain voisins.

Expo Ana Gallardo

Au musée d’art moderne de Buenos Aires

Au musée d’art moderne, nous apprécions beaucoup une exposition dédiée à l’artiste argentine Ana Gallardo, qui présente des installations inspirées de ses expériences vécues : sa quête d’un logement dans une ville aux loyers trop élevés avec sa « Casa Rodante » ou son expérience en tant qu’aide soignante dans une maison de retraite, avec ses œuvres consacrées aux personnes âgées qui se redécouvrent une passion ou un but arrivés à l’âge de la retraite.

Casa Rodante, Ana Gallardo

La Casa Rodante d’Ana Gallardo

Nous sommes aussi très amusés par l’installation « La Menesunda », reconstituée d’après une œuvre de Marta Minujín réalisée en 1965 et conçue comme une sorte de labyrinthe où nous nous faisons transporter, de pièce en pièce, par les sensations et les émotions que nous procurent ces installations. Nous sommes voyeurs dans une chambre où nous surprenons deux personnes dans un lit, nous nous retrouvons à nous promener dans un intestin gigantesque, à traverser un réfrigérateur… Une expérience que nous ne nous attendions pas à ressentir au musée !

Un intestin géant ?

Un intestin géant ?

C’est aussi à San Telmo que nous réalisons le défi de mon papa : manger un vrai asado argentin. Pour cela, nous nous rendons dans une brasserie et commandons deux pièces de bœuf (Rémi a refusé d’en partager une) : sur le menu, le poids de chaque pièce est précisé. Rémi mangera 750g de bœuf et finira ma pièce de 450g, trop grosse pour moi, mais néanmoins le poids plume du menu ! Nous sommes les plus jeunes et les seuls touristes du restaurant, un peu chic. La viande est très tendre, mais nous devons vous confier que, malheureusement, l’asado nous a confirmé que nous n’étions pas de très grands fans des grosses pièces de viande. Retour à nos bonnes pizzas végétariennes !

Challenge acepted

Challenge acepted

Nous sommes surpris par l’allure européenne des immeubles du centre-ville : par moment, on se croirait même à Paris ! La ville a en effet une longue histoire d’échanges économiques et culturels avec le continent européen, ce qui constitue une grosse différence avec Santiago au Chili. Le centre-ville ne nous fascine pas réellement. Nous apprenons que durant notre séjour ici, nous partageons la vedette avec Obama, lui aussi en visite. Il semble cependant avoir moins de succès que nous : les affiches et autocollants « Fuera Obama ! » (« Dehors Obama ! ») se multiplient sur les murs : les Argentins rejettent l’impérialisme économique du géant nord-américain, et vivent surtout comme une provocation la venue du Président alors que c’est bientôt l’anniversaire du coup d’état militaire de 1976, soutenu par l’armée américaine. Le Président Macri est lui aussi vivement critiqué, et ça ne s’arrange d’ailleurs pas vraiment pour lui puisque quelques jours plus tard, il est cité dans les Panama papers

Lui n'est pas le bienvenu...

Manifestations en marge de la visite d’Obama

Nous visitons aussi LE quartier touristique de la ville : la Boca, connue internationalement pour ses murs de toutes les couleurs et pour avoir vu naître deux légendes argentines, le tango et Maradona. C’est un quartier très populaire, qui à l’époque de son développement abritait le chantier naval de Buenos Aires. Les ouvriers qui travaillaient à la construction des bateaux utilisaient les pots de peinture entamés lors de la peinture des navires pour peindre les façades de leurs maisons, d’où l’aspect bariolé du quartier !

La Boca

Les couleurs de la Boca

Deux couleurs prédominent malgré tout : le beu et le jaune du stade de la Bombonera qui a vu les premiers pas de Maradona. Il ne fait pas bon venir dans le coin avec le maillot d’une équipe adverse !

Jaune et bleu à la Bombonera

La Bombonera, tout de jaune et bleu vêtue

Nous passons donc deux semaines à explorer cette ville par le prisme de ses célébrités et figures phares : Maradona, le tango de Carlos Gardel, mais aussi Mafalda, la jeune environnementaliste révoltée dont nous croisons régulièrement des représentations murales et Eva Perón, grande femme de l’histoire argentine…

Evita

Représentation d’Eva Peron sur un immeuble

Seul manque à ce séjour, un réel contact avec des locaux. Pas facile de faire des rencontres dans une si grande ville ! Mais ça ne fait rien, nous avons bien profité de notre appartement et l’aurions quitté avec regret si nous n’avions pas été aussi excités à l’idée d’être bientôt de retour sur le continent européen ! Nous pédalons alors avec entrain vers l’aéroport, que nous pouvons presque atteindre sans passer par l’autoroute (presque, mais c’est déjà pas mal !). Traversée des immenses banlieues pavillonnaires, populaires puis plus chic, et derniers adieux au continent sud-américain auquel nous nous promettons de revenir, cette fois en évitant les itinéraires majeurs. Hasta luego !

Un commentaire

  1. On retiendra les façades colorées de la Boca plutôt que la façon détestable de chercher à vous plumer pour le transport des vélos…
    On sent la lassitude, et comme on la comprend! Et on imagine bien ce plaisir d’enfin se poser, s’installer, être chez soi….
    Bon, on ne peut que regretter avec vous que la flexibilité promise se soit avérée fictive… puis se réjouir que vous ayez pu malgré tout adapter la suite de votre voyage à vos aspirations.
    Encore un petit saut de puce, quelques(!) kilomètres à parcourir, et vous revoilà près de nous!!!…
    Gros baisers à tous les deux,

    Nathalie

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