En descendant des Andes

Nous sommes de retour depuis quelques mois, mais nous n’avons pas encore raconté tout notre voyage. On entame une série de plusieurs articles qui couvriront la fin du voyage, depuis la descente des Andes jusqu’à l’arrivée en France

Partis tôt de l’auberge de jeunesse de Puente del Inca, encore à 2740 mètres d’altitude dans la Cordillère des Andes, il nous faut redescendre vers l’Argentine. Une pente douce sur environ 120 kilomètres : voilà qui semble agréable. Nous suivons le cours du rio Mendoza qui creuse ses gorges parmi d’imposantes montagnes : autant dire que les paysages sont grandioses et qu’une belle journée s’annonce.

Presque à sec

Le rio Mendoza au plus bas…

Mais tout cela était trop beau pour durer. Une fois n’est pas coutume, c’est notre ennemi naturel qui vient tout gâcher : j’ai nommé le chauffeur de camion. Celui-ci, sans doute tout content d’avoir enfin terminé sa dure ascension depuis le Chili, semble ravi de s’élancer dans la descente ; c’est tout droit jusqu’à Buenos Aires ! Et c’est pas deux petits cyclistes qui vont le faire ralentir, alors hop là ! Il se décale de 50cm, ça suffira. Ou alors mieux, il klaxonne de plus en plus fort jusqu’à ce que nous nous jetions hors de la route, comme ça il n’y a même pas besoin de ralentir.

Et oui. Du côté chilien tout allait bien : les camions étaient ralentis par la montée, et de toute façon nous avions à notre disposition un large bas-côté qui faisait office de piste cyclable. Côté argentin c’est un cauchemar : les camions filent, nous frôlent, et le côté de la route est maintenant constitué de gros gravier qui rendent périlleuse chaque escapade en dehors du chemin. J’en suis donc réduit à regarder en permanence mon rétroviseur pour pouvoir anticiper les intentions des poids-lourds et indiquer à Salomé quel est l’instant optimal pour se jeter sur le côté. Pour moi, c’est sans conteste la portion la plus stressante de tout le voyage.

L'homme des montagnes

J’ai beau sourire, cette route n’est pas très agréable

Pour ne pas s’infliger ça trop longtemps, on s’arrête dès midi dans la petite ville d’Uspallata. Première surprise, plutôt mauvaise : l’unique distributeur de la ville applique une taxe de 12 % (!) sur nos retraits. Deuxième surprise : tous les magasins sont fermés ! Passé la panique, on se souvient qu’il s’agit sans doute de la siesta argentine, qu’on observera à plusieurs reprises sans jamais vraiment s’y habituer. Dès le début de l’après-midi, toute activité stoppe dans les rues et il ne faut pas espérer trouver un commerce ouvert. Passées 17h et la chaleur de l’après-midi, la vie reprend dans la ville. On découvre des supermarchés à la hauteur de leur réputation, avec un rayon charcuterie surdimensionné. Au camping, tous les emplacements sont munis d’un imposant barbecue et le soir venu, on est les seuls à ne pas l’utiliser !

Nous partons tôt le lendemain matin, bien décidés à éviter le gros du trafic, et nous arrêtons vers midi à Potrerillos, sur les rives d’un lac de barrage alimenté par le rio Mendoza (toujours lui). On tente le camping, mais on est vite refroidi par l’accueil glacial et le prix exorbitant. En même temps, le site est géré par le « Club Automobile Argentin » ; on aurait pu s’en douter. Qu’à cela ne tienne, on plante la tente en face du camping, à peine cachés par quelques hautes herbes, et surtout avec une belle vue sur le lac. La nuit, on profite du spectacle donné par les nombreux rapaces qui tournoient autour de nous. Observation intéressante : un faucon qui marche, ça ressemble à un pigeon avec un port à peine plus digne.

Potrerillos

Potrerillos

L’arrivée à Mendoza nous fait l’effet d’un retour à la civilisation : enfin, on quitte les Andes pour la ville ! On longe plusieurs vignobles avant d’entrer dans la ville (Mendoza est connue pour son vin). On est accueillis par Pablo, chez qui on reste quelques jours. Il nous faut en effet un peu de temps pour faire le point. Une chose est sûre, on ne peut pas prendre la route qu’on comptait emprunter jusqu’à Buenos Aires : ce n’est que la continuation de celle que l’on a suivi les derniers jours, nous serions assurés d’y retrouver nos amis les camions.

Coucou !

Sur cette dernière portion de route, on aperçois des gros rapaces !

Mais au-delà de ça, c’est une fatigue plus générale qui commence à poindre le nez. Déjà au Vietnam, nous souffrions d’une sorte de mélancolie, que nous avions mise sur le compte de l’isolement : difficile de rencontrer des gens, encore plus d’avoir une vraie conversation. Un mois plus tard, nous comprenons que la raison principale de notre fatigue est de ne pas avoir de maison. Ça fait bien longtemps que nous n’avons pas eu d’endroit à nous dans lequel nous pouvons avoir nos habitudes. Il nous manque un point fixe, un lieu où nous pourrions faire ce que l’on veut sans avoir l’impression de marcher sur des œufs et sans être obligés de remballer toutes nos affaires le lendemain !

Sachant cela, les trois mois qui nous attendent pour aller de l’Afrique du Sud à Zanzibar nous paraissent insurmontables. La décision est donc prise, nous rentrons en Europe ! Reste à fignoler les détails techniques : ticket de bus jusqu’à Buenos Aires, puis d’avion jusqu’à une ville européenne pas trop loin de la France.

Nos premières empanadas maison

Toute cette réflexion, ça creuse ! On apprend donc à cuisiner nos premiers empanadas.

Il n’y a pas grand-chose à voir à Mendoza : des rues quadrillées, un centre-ville riquiqui autour d’une plaza de mayo agréable (la plaza de mayo, c’est le nom de la place centrale qu’on retrouve dans toutes les villes), et des parcs dans lesquels tout le monde vient se reposer pendant que les vendeurs ambulants proposent glaces et empanadas. Pablo nous apprend à boire le maté comme un véritable argentin et à savourer la dulce de leche à la petite cuillère (vous savez, la confiture de lait dont on se baffrait déjà au Chili !). Il avoue faire de son mieux pour n’en manger qu’un seul kilo par semaine, et on le comprend…

Arrive enfin le temps de prendre le bus vers Buenos Aires. Comme ça fait longtemps qu’on a quitté l’Iran, on a un peu perdu la main avec les chauffeurs de bus. Si bien que lorsque celui-ci nous annonce, pointant la soute (plutôt petite pour un car de deux étages), que « les vélos, ça ne va pas être possible », on tombe en plein dans le panneau. On commence à paniquer, jusqu’à ce qu’il nous dise que finalement, pour 300 pesos par vélo, c’est peut-être possible. Ayant déjà abattu toutes nos cartes, on sauve l’honneur en négociant 500 pesos pour les deux, plutôt très cher pour le service rendu, d’autant que c’est nous qui finissons par monter les vélos. Le bus démarre alors que la nuit tombe ; le plus dur est fait, demain nous serons à Buenos Aires !

Les photos de l’Argentine sont ici !

Un commentaire

  1. Merci pour ce nouveau récit! Toujours aussi agréable, beaucoup de sourires et éclats de rire à la clé! Photos superbes…
    Formidable!
    Des pensées vers tous les deux!
    Nathalie

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *