A travers la Sibérie espagnole

Via verde de los Ojos Negros

Durant nos vacances en bord de mer, nous avons pris le soleil, parlé français, joué aux cartes, lu… mais pas beaucoup pédalé ! Nous nous sentons maintenant tous proches de la maison et avons hâte de parcourir les dernières centaines de kilomètres qui nous en séparent. Nous sommes impatients, mais nous avons aussi bien l’intention de profiter de ces derniers jours sur les vélos, de ces merveilleux moments de découverte et de rencontres. Au départ de Valence, nous empruntons un itinéraire cyclable recommandé par notre hôte, passant entre les huertas de Valence (cultures potagères irriguées typiques de Méditerranée) puis entre les vergers. Nous sommes maintenant habitués à sentir cette bonne odeur de fleur d’oranger à chaque fois que nous montons sur les vélos.

Au revoir les orangers !

Mais notre promenade sympathique entre les arbres se transforme alors que nous devons obliquer vers l’ouest. Nous grimpons tranquillement en suivant une ancienne voie de chemin de fer qui desservait une mine en amont : los Ojos Negros, devenue la plus longue via verde d’Espagne ! Aujourd’hui dimanche, nous nous faisons doubler dans les montées par des équipes de cyclistes qui nous encouragent. Vive la solidarité entre cyclistes ! Les paysages sont magnifiques, et après le littoral plat, nous sommes contents de retrouver un peu de relief ! Nous traversons de petits villages en suivant toujours notre chemin, idéal pour se sentir presque seuls au monde.

Coup de cœur pour la commune de Jérica et sa casa de ciclistas

L’architecture se modifie progressivement. Nous passons notre première nuit en casa de ciclistas à Jérica, grâce à l’association Rodamons : ce concept, d’où nous avions surtout entendu parler en Amérique latine, gagne peu à peu l’Europe. Ici, c’est une maison laissée à la disponibilité des cyclistes de tous horizons, dans une petite ville charmante. Nous visitons la ville, sa tour, ses petites rues piétonnes qui grimpent, puis nous profitons de la cuisine, que Rémi manque de repeindre avec sa sauce tomate fermentée. C’est bien reposés et les sacoches remplies d’amandes que nous repartons vers Teruel. Les paysages changent aussi à mesure que les dénivelés s’atténuent et que nous atteignons doucement un plateau, dont la limite est bien marquée avec la présence d’une série impressionnante d’éoliennes.

Gare désaffectée sur la Via verde de los Ojos Negros

Sur le plateau, les paysages changent, et le climat aussi : la température se rafraîchit sensiblement, et alors que le regard, libéré des obstacles du relief, peut embrasser de plus grands espaces, le vent lui aussi nous embrasse et contribue à nous pousser doucement vers l’ouest. Nous pédalons sur de petites routes très agréables, presque seuls, mis à part les agriculteurs que nous croisons sur leurs tracteurs. Nous traversons de jolis villages très tranquilles pendant la journée, pour ne pas dire vides. Nous sommes un peu seuls au monde, encore plus quand nous décidons de bivouaquer près des ruines d’une gare.

Tour de style mudejar à Teruel

Le lendemain, retour à la civilisation à Teruel. Nous découvrons avec plaisir ses tours de style mudejar et son charmant centre-ville. L”architecture mudejar, que nous découvrons pendant ce voyage, nous surprend : elle constitue un savant mélange d’influences chrétienne et musulmane. Observez bien les motifs et les matériaux utilisés pour vous en  rendre compte. Le soir-même, nous sommes ravis de retrouver un peu de chaleur humaine en logeant chez Carmen, rencontrée via Warmshowers, à Monreal del Campo. Cela tombe bien, la météo annonce une journée complète de pluie ; nous nous réjouissons à l’idée de la passer au chaud à cuisiner pour notre hôte. Carmen est une cycliste qui a beaucoup voyagé en solo et à travers toute l’Espagne. Nous papotons au coin du poêle et écoutons la radio, de quoi nous sentir de nouveau presque à la maison !

Tout ceci sera ton royaume !

Mais il nous faut repartir, nous avons hâte d’atteindre les Pyrénées et la frontière. Toujours vers l’ouest, nous visons Saragosse puis Pampelune, mais le mauvais temps nous rattrape et nous complique la tâche. Nous descendons du plateau pour atteindre la plaine de l’Ebre, que nous découvrons sous les gros nuages gris et le vent, au mieux, à proximité de Tudela. Nous sommes bien contents d’avoir notre bâche imperméable pour nous protéger lors des averses, car pas un bâtiment à l’horizon ! La vue du désert des Bardenas Reales nous évoque les westerns et nous nous attendons à apercevoir des cow-boys dans le lointain.

Contreforts des Bardenas Reales

Les bivouacs sont humides, mais la perspective de la frontière toute proche nous pousse vers Pampelune. Les paysages changent à mesure que nous nous approchons maintenant des Pyrénées, et nous faisons désormais face au vent, sur de grands espaces très dégagés. Malheureusement, lutter contre le vent peut parfois faire des dégâts, et mon genou commence à me faire souffrir. Nous sommes contraints de réduire nos kilométrages journaliers, puis de nous arrêter pour une journée dans un camping. Une fois la douleur atténuée, nous repartons vers Pampelune, mais mon genou me fait assez rapidement souffrir, ce qui ne présage rien de bon pour la traversée des Pyrénées à venir…

Enfin à Pampelune !

Nous nous arrêtons donc pour quelques jours à Pampelune, où Rémi visite pendant que mon genou est immobilisé. C’est le moment de mettre en pratique nos cours de tortilla et de faire quelques rencontres parmi les nombreux pèlerins que nous croisons à l’auberge. Nous sommes en effet désormais sur le tracé du Chemin de Saint-Jacques de Compostelle, au tout début de sa portion espagnole. Certains viennent de très loin, mais beaucoup commencent ici, ce qui nous surprend : ce que nous avons aperçu du chemin de ce côté de la frontière ne nous donnait pas vraiment envie, alors que nous avions été séduits il y a quelques étés, quand nous avions parcouru le chemin entre le Puy en Velay et Conques… Quoi qu’il en soit, l’ambiance est sympathique et nous nous sentons bien dans cette petite auberge, à un détail près : les ronfleurs et péteurs de notre chambre qui travaillent de concert… Vivement le retour à notre tente !

Visite de Vitoria-Gasteiz, ville très agréable à parcourir à vélo !

Seulement voilà, l’état de mon genou ne s’arrange pas, malgré les quelques jours d’immobilisation : il est toujours douloureux, même à la marche. Nous avons le choix entre attendre encore ou prendre le train vers la côte et ainsi éviter le col, qui serait trop éprouvant pour mon articulation. Nous choisissons la deuxième solution, et embarquons nos vélos dans un premier train vers Vitoria-Gasteiz, capitale de la communauté autonome du Pays Basque espagnol où nous passons quelques heures à visiter, puis vers la côte et Irun. Les paysages que nous apercevons par la fenêtre sont magnifiques, nous regrettons de ne pouvoir les parcourir depuis nos montures, mais nous promettons de revenir. L’arrivée à Irun est pleine d’excitation : nous ne sommes plus qu’à quelques kilomètres de la frontière, et nous sommes très fébriles à l’idée de la traverser bientôt.

Ca y est, nous l’apercevons enfin, sous la forme d’un pont. Nous quittons l’Espagne, et… Et rien. Nous sommes assez surpris de ne pas ressentir l’explosion de joie que nous attendions depuis notre départ en septembre dernier, à notre retour en France. Nous prenons la route vers un camping à la sortie d’Hendaye, et là nous en venons presque à regretter d’être rentrés : les voitures nous frôlent, nous klaxonnent et font vrombir leur moteur quand nous les empêchons de doubler. C’est l’occasion pour nous de souligner que nous avons tout particulièrement apprécié la bienveillance des espagnols à notre égard, que ce soit les autres cyclistes, les piétons croisés au détour des chemins, ou les automobilistes, avec qui nous n’avons eu aucun problème en plusieurs semaines de voyage. Le retour en France est donc assez rude… et le sera même littéralement à ma chute le lendemain !

Pour plus de photos, comme d’habitude, c’est par ici !

Un commentaire

  1. De belles découvertes jusqu’au bout, semble-t-il!
    Bravo pour les 9000!
    Allez, la suite.
    Gros baisers,
    Nathalie

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