Le chêne-lièvre et le roseau-tortue

Passeront, passeront pas ?

Nous vous avons tenus en haleine avec ces histoires de cols, d’éboulements et de météo capricieuse… Mais le suspense peut enfin toucher à sa fin !

Pour rappel, nous avons initialement prévu de passer en Italie par le col de l’Echelle, mais un éboulement au niveau du lac de Chambon nous en barrait le passage. Nous avions alors décidé d’opter pour le col de Larche, plus au sud, réputé facile et surtout donnant une très jolie vue sur la vallée de l’Ubaye. Cela nous aurait aussi permis de visiter Barcelonnette et ses maisons mexicaines. Seulement là aussi il nous a fallu revoir nos plans. Cela est dû à la conjonction de deux facteurs : d’abord, la météo. Un orage était annoncé pour le week-end où nous souhaitions passer (les 12 et 13 septembre) et il était annoncé dès le samedi sur Barcelonnette. Ensuite, il se trouve que le col de Larche est actuellement interdit aux vélos. En effet, les 300 premiers mètres présentent un risque d’éboulement fort et les cyclistes sont jugés plus vulnérables aux chutes de pierres que les automobilistes, car moins rapides. Ce point ne nous avait pas inquiété au départ, puisque nous nous étions renseignés auprès de cyclistes et de riverains, qui nous assuraient que « ça passait ». Mais l’orage ajouté à cela, nous avons bien réfléchi aux alternatives qui s’offraient à nous. Et il nous restait le col du Petit Saint Bernard, dans la vallée de la Tarentaise.

Vallée de la Tarentaise

Vallée de la Tarentaise

Ce col lui aussi réputé facile part de Bourg Saint Maurice pour arriver en Italie à la Thuille, non loin de Courmayeur et du débouché du tunnel du Mont Blanc. Ce col était accessible facilement, autorisé aux vélos, et la météo annonçait une arrivée un peu plus tardive de l’orage sur le nord des Alpes. Nous avons donc opté pour cette troisième solution au dernier moment (le matin même du départ de Grenoble), et avons embarqué dans un TER à destination de Aime. En effet, la route entre Grenoble et Chambéry ne nous enchantait pas et la vallée de la Tarentaise est ponctuée de tunnels au sud de Aime, que nous préférions éviter à vélo. Nous sommes donc arrivés à Aime le 12 septembre et avons emprunté la superbe voie verte qui monte jusqu’à Bourg Saint Maurice. Là, nous avons été accueillis par Anne et Jérem, deux hôtes Warmshowers vivant à la Côte, hameau qui porte bien son nom et surplombe Bourg Saint Maurice. Nous avons campé au pied de leur maison, ancienne tour de guet de la ville, et avons donc profité d’une vue magnifique sur la vallée en dégustant un bon repas préparé au réchaud pour fêter mon anniversaire. Nous vous laissons deviner ce qu’il y avait au menu !

Cuisine sous la pluie

Cuisine sous la pluie

Mais l’orage est bel et bien arrivé dans la nuit du samedi au dimanche, modérant notre enthousiasme pour attaquer le col. Le temps de traîner un peu et de prendre un bon petit déjeuner avec notre hôte, nous profitons d’une éclaircie pour nous lancer. Notre objectif du jour : atteindre le sommet du col du Petit Saint Bernard, à 2188 mètres d’altitude. 31 kilomètres nous en séparent, avec une pente moyenne de 5 %.

On y croit !

On y croit !

Les premiers kilomètres constituent l’échauffement. On souffle, on transpire sous les vêtements de pluie. Mais très vite, les dernières gouttes laissent place à un beau soleil. On enchaîne les virages, ayant pris un joli rythme de 8 km/h… Une cycliste croisée en arrivant à Grenoble nous avait dit « Il faut être patient ! ». On comprend mieux. On mouline, on mouline, et quand un automobiliste nous dépasse en faisant vrombir son moteur, on pense à la tortue de la Fontaine. On papote aussi et on prend le paysage comme prétexte pour faire des pauses.

Plutôt pas mal

Plutôt pas mal

Après une heure et demie de montée, la faim nous appelle et on fait notre pause déjeuner en plein lacet, sur le bord de la route. On a alors atteint un peu moins de la moitié de la distance qui nous sépare du sommet. Ahlala, c’est long ! Mais le ciel bleu et la vue sur les montagnes et la vallée nous fournissent des arguments pour continuer à monter.

Pause à la Rosière

Pause à la Rosière

Nous arrivons bientôt à La Rosière, station à 1850 mètres d’altitude. Cela marque pour nous la fin des lacets. Il ne reste en effet plus que 8 kilomètres avant le sommet ! Nous nous élançons dans cette dernière ligne droite avec une musique épique en bande sonore : nous y sommes presque ! C’était sans compter le vent, qui fait son apparition pour nous rendre la tâche encore plus difficile. A 6 kilomètres du but, nous débouchons sur une portion à 4 % (facile!), avec le sommet du col en vue, mais aussi exposée au vent venu d’Italie, qui nous freine avec des rafales violentes.

Les trois derniers kilomètres

Les trois derniers kilomètres

Nous luttons tant bien que mal mais la progression est difficile. C’est là que nous nous transformons en petits roseaux. Pour ne pas rompre, il faut savoir plier sous le vent. Impossible de continuer à nous épuiser en écrasant sur les pédales. Il nous faut une nouvelle fois mouliner et mouliner, pendant « les 6 kilomètres les plus longs de toute ma vie ! » (Rémi). Mais l’arrivée n’en est que plus héroïque.

Trop facile !

Trop facile !

Nous franchissons le point haut deux grands sourires aux lèvres, en repensant à toutes les personnes qui nous ont encouragés dans la montée, que ce soit avec un klaxon, des applaudissements, des pouces levés ou des « bon courage ! » lancés à notre passage. Pensées aussi pour cette jeune femme venue d’Israël qui a trouvé complètement « crazy » que nous montions aussi chargés. Pensées pour Fred, qui nous a conseillé ce col « facile », après le lac de Paladru où « ça monte un peu » (on a bien galéré, mais c’était beau!). Pensées enfin vers tous nos amis, nos proches, et les gens qui nous suivent, à qui on avait promis qu’on traverserait les Alpes sans forcément réaliser nous-mêmes ce à quoi on s’engageait. Voilà, on pense un peu à tout ça au sommet, on se prend pour des héros. Et après un tel effort, un héros a bien droit à un chocolat chaud avec supplément chantilly !

Après l'effort, le réconfort !

Après l’effort, le réconfort !

Pour toutes les photos, c’est par ici !

12 commentaires

  1. Gooooaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaallllllllllllllllllllllllllllllllllllllll!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! Magnifique action de nos deux champions au sommet (très drôle) de leur forme, de leur art du pédalage, et de leurs talents de narrateurs également !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! Bon, mais si vous nous faites pleurer comme ça à chaque fois, on ne va pas tenir le coup, nous!
    Des pensées joyeuses et admiratives et mille voeux de beau et heureux séjour chez nos voisins transalpins.
    Allez les roseaux!!!
    Gros baisers,
    Nathalie

  2. Bravo pour la persévérance (et merci pour ce partage, sympa à lire en plus;-)). Une petite rando de 9km sous la pluie paraît bien “simplette” à côté de votre périple…mais il faut un début à tout!!
    Bisous à partager

  3. Coucouuuuuu !
    Je pense à vous, j’espère que vous profitez bien des routes italiennes !
    J’adore avoir de vos nouvelles aussi régulièrement, ça me rassure et ça me fait voyager ! Vous êtes super courageux <3 Ce col, vous l'aviez mérité !
    N'oubliez pas mon défi,
    je vous embrasse sur les deux joues,
    Anne-Fleur <3

  4. Alors, là, bravo, parce qu’un petit col à juste 2000 m et des poussières et un vent de face des montagnes sur des vélos aussi lourds, là, je dis ouah!!!!…….. Respect…….. Je me prosterne devant le chêne, laisse passer le lièvre, pousse un peu la tortue et arrose d’un seau d’eau rempli à la fontaine le roseau mais pas trop….

    Bravo, jeunes gens… Et toujours un grand plaisir de vous lire…

  5. Je n’ai jamais douté de vous !!!! Magnifique.
    Profitez-bien.
    Enormes bisous

  6. Oh putain la montée avec le vent de face ça c’est pas très gentil de la part de la météo… Mais du coup vous avez pu constater que chaque coup de pédale vous rapproche de l’objectif, quelle que soit la vitesse à laquelle vous roulez. 🙂

  7. Bonjour
    Merci pour les photos.
    Les textes nous intéressent beaucoup.
    Brandon a été surpris de voir des rétroviseurs sur les guidons.
    Bon courage.

    classe 3 et classe 4

  8. Bravo pour cette belle ascension et au revoir la France! Votre blog est super, les photos sont géniales! J’espère que vous n’avez pas eu trop mauvais temps une fois la frontière passée! Bon voyage, on va continuer de vous suivre! Anne

  9. Mais, mais, mais….. pas si vite! Je n’arrive pas à vous suivre!
    Plaisir de voir cette petite flèche orange se déplacer entre deux récits, et d’imaginer les beaux lieux traversés.
    Baisers à tous deux.
    Nathalie

  10. Whaaaa trop stylé! J’ai du retard sur les articles et je sais que vous êtes maintenant bien loin des Alpes, mais Bravo pour cette traversée!!
    Et à en voir les photos, ça valait le coup de mouliner 😛
    Des bisous et bon couraaaaage!:

  11. Bonjour Rémi et Salomé,

    Merci pour votre carte postale, cela nous a fait plaisir de la lire .
    On est impressionnés de tout le chemin que vous avez
    parcouru, cela doit être fatigant mais passionnant.
    Tout se passe bien à l’école, nous attendons Noël avec impatience.
    Les élèves de Jean Moulin.

  12. Pingback: 9 tours du monde à vélo qui nous inspirent - Bikester.fr

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