Italie des villes, Italie des champs

Je vous écris depuis Trieste, dernière ville-étape italienne. Si tout va bien, demain soir nous serons en Croatie, après avoir traversé un bout de Slovénie. Vous êtes beaucoup à trouver que nous allons vite. Nous pas vraiment. Nous avons hâte d’avancer pour découvrir des paysages un peu plus différents, perturber un peu nos repères. La route italienne est un peu fatigante et ennuyeuse, car monotone. Nous traversons village après village sans vraiment y entrer (les routes les contournent donc nous faisons parfois des détours pour nous y poser), et ils ne sont que rarement animés, surtout depuis que nous avons quitté le Piémont.

Italie

Petite ville après Vercelli

La pedalata n’est donc pas des plus passionnantes dans le nord de l’Italie. C’est pourquoi on se console en consacrant ici ou là une après-midi voire une journée à visiter des villes : Pavie, Mantoue, Padoue, Venise, et maintenant Trieste. L’occasion pour nous de souffler, un peu mais pas trop, et surtout de goûter à la vie quotidienne, à l’architecture et à la cuisine italiennes.

Cela nous est permis d’abord par l’accueil de nos hôtes, chez qui nous pouvons laisser les bici pour nous promener librement. Certes, les centres sont très agréables à vélo car très largement piétons, mais visiter une église ou un musée à vélo, ce n’est pas facile ! Merci donc à Sara à Mantova, à Tiziano et Annia à Padoue et à Milad à Trieste !

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Trieste avec Milad ! Merci !

Les premiers coups de pédale dans les villes ne sont pas toujours faciles. Voies rapides, échangeurs d’autoroutes et trafic important peuvent gâcher un peu le plaisir. Mais quelques villes comme Mantoue, Padoue ou encore Mestre, que nous avons traversée, ont mis en place un réseau de pistes cyclables qui permet une entrée très agréable jusqu’au coeur de la ville ! Nous pouvons donc commencer à découvrir les centres depuis nos montures, et c’est souvent assez enchanteur.

A Mantoue, l’arrivée sur la place de l’Horloge puis sur celle du Palazzo Ducale par les rues pavées et sous un beau soleil a été ponctuée de « Oh ! » et de « Ah ! ».

Mantova

Rotonda di San Lorenzo, à Mantoue

Mantova

Horloge, à Mantoue

Mantova

Vieille demeure de Mantoue

A Padoue, nous étions plus sceptiques face à l’étalage du Prato della Vallee à Padoue : sculptures et petits ponts au-dessus du canal qui serpente sur la place (la plus grande d’Italie !), avec la Basilique en fond comme décor. On se croirait un peu à Disneyland, dans l’attraction des poupées. Mais si, celle avec l’air qui reste bien en tête une fois le voyage en bateau terminé ! Voilà, maintenant vous l’avez. [Edit : Rémi n’est pas d’accord, il a bien aimé!]

Padoue

Prato della Vallee

Mais nous apprécions aussi beaucoup de pouvoir laisser nos bicyclettes tranquilles pour quelques heures. Cela nous permet de déambuler, certes plus lentement, mais aussi plus librement. A Padoue, nous nous sommes promenés sous les arcades qui protègent les passants aussi bien du soleil que de la pluie.

Padoue

Arcades à Padoue

A Pavia, nous avons marché le long du Ticino, fleuve affluent du Pô, pour atteindre le centre historique au niveau du pont couvert, puis nous nous sommes promenés dans les rues pour découvrir les nombreuses églises et les tours médiévales qui font la renommée de la ville.

Pavia

Le Ticino et le pont couvert de Pavie

Pavia

Le Duomo et le Broletto, vus depuis la place de la Victoire, à Pavie

Pour l’histoire, ces tours étaient dépendantes de demeures privées et symbolisaient le pouvoir d’une des familles de la ville. On peut alors s’imaginer une sorte de Game of Thrones : régulièrement, de nouvelles tours sont érigées et d’autres sont détruites, au rythme des montées en puissance ou des disgrâces des différentes familles. Aujourd’hui, il ne reste que trois tours. Fascinant, non ?

Mais Pavie nous a aussi particulièrement surpris pour une autre raison : nous nous sommes retrouvés sans même nous en rendre compte au sein de son université. Nous avons vu de l’animation dans une rue perpendiculaire à celle dans laquelle nous marchions, nous sommes dirigés vers ce qui ressemblait à une terrasse, et voilà, nous étions au cœur de la fac. Impensable en France ! On y croise des étudiants, des profs, mais aussi des passants, qui traversent les cours de la fac comme ils traverseraient une place. Nous avons beaucoup apprécié cette atmosphère !

Vous l’aurez compris, nous aimons beaucoup les monuments historiques, mais nous apprécions encore plus de pouvoir comprendre la ville à travers les yeux de ses habitants. Cela nous a été permis à Mantoue, où nous avons passé une après-midi à découvrir la ville en compagnie de notre hôte, Sara. Nous avons visité la magnifique Basilique Sant’Andrea, qui contient une relique du sang du Christ, mais nous nous sommes aussi perdus dans les petites rues colorées de la ville.

Mantova

Basilique Sant’Andrea

Mantova

Dans les rues de Mantoue

Sara nous a présenté ses places préférées, nous a fait lever les yeux vers les terrasses et balcons couverts de plantes vertes, qui font que, selon elle, vue du ciel, Mantoue est une ville verte ! Nous sommes aussi allés voir les lacs qui entourent la ville et sont un prétexte pour une jolie promenade au bord de l’eau. Malheureusement, l’eau a été polluée par les activités industrielles et il est impossible de s’y baigner… Nous y avons aperçu les bâtiments d’une papeterie qui employait plusieurs centaines de personnes mais qui a fermé il y a quelques années, une catastrophe pour la vie économique de la ville.

Nous avons beaucoup apprécié Mantoue. Pour Sara, qui connaît la ville bien mieux que nous, c’est une ville charmante mais trop petite et il ne s’y passe pas grand-chose. D’ailleurs, elle a pour projet de déménager. Elle veut partir à Toulouse pour se consacrer au cirque.

Grazie mille Sara !

Saraaaa ! 🙂

« L’année dernière, je travaillais avec les enfants dans une école, mais cette année je n’avais plus envie.

– Et de quoi tu as envie cette année ?

– Ah ! Moi j’ai envie de partir, d’aller à Toulouse, pour faire du cirque.

– Ah bon ? Tu fais quoi ?

– Ca. Elle montre un drap accroché au plafond par un mousqueton, et, sur le mur derrière, une série de superbes photos d’elle en plein numéro, en Corse.

– Waouh. »

(si vous avez des contacts dans le milieu du cirque ou des arts du spectacle à Toulouse, dites le nous et on transmettra!)

Ce drap accroché dans sa cuisine nous a beaucoup fait rire. On imagine Sara en train de préparer ses yaourts maison, accrochée tête en bas à son drap. Elle nous a fait essayer, et on a beaucoup aimé, même si on ne dira pas que c’est facile !

Mais pour nous, découvrir une ville et la vie de ses habitants, ça passe aussi par le concret, autrement dit, la bouffe. Bon, pas « la bouffe », mais les spécialités locales. Les spécialités locales, c’est bien sûr les pâtes, le pizze, les bonnes glaces de la gelateria, mais aussi le Spritz, cet apéritif orange que l’on retrouve sur toutes les tables des terrasses en fin de journée, ou encore la sbrisolona, un petit gâteau de Mantoue qui tire son nom des miettes qu’il fait quand on le mange. Il ne se sert d’ailleurs pas en parts, mais il faut le casser pour pouvoir le partager. C’est très convivial !

Spritz

Spritz à Padoue

A Mantoue, nous avons passé une soirée délicieuse, en suivant les conseils de Sara : nous sommes allés manger une pizza au Nostromo (via Brescia 5), restaurant tenu par une famille originaire de Naples. Pour s’y rendre depuis le centre de Mantoue, il faut suivre la piste cyclable entre le Lago superiore et le Lago di mezzo. Au crépuscule, c’était magnifique ! Et la piste nous mène tranquillement jusqu’au restaurant. Sara y travaillait avec son amie Sarah (facile!). Nous n’avions jamais mangé de pizze aussi bonnes ! Et oui, bien meilleures que celles de Golosino à Paris, et ce pour 7€ ! Sarah nous a ensuite offert le limoncello, bien connu, et la liquirizia, un digestif à base de réglisse.

Nous avons continué la soirée à Mantoue. Il se trouve que le soir de notre présence, c’était la Nuit Blanche. Toutes les boutiques étaient ouvertes très tard, les rues étaient bondées et chaque bar avait son groupe de musique qui jouait dans la rue. Une ambiance très sympathique. Nous avons écouté quelques groupes en mangeant une glace ricotta-pêche absolument délicieuse. Nous avons notamment eu droit à un groupe qui reprenait très bien Led Zeppelin, avec un batteur qui faisait durer ses solos… jusqu’à faire s’impatienter ses camarades ! Nous avons donc en somme passé une très belle soirée à Mantoue, et le départ vers Padoue le lendemain a été très difficile. Heureusement, nous avons fait d’autres jolies découvertes par la suite.

À Venise, nous avons sur les conseils de notre hôte Tiziano déjeuné dans un « fast-food vénétien », Gislon, qui propose des tas de plats à base de poisson et notamment un petit sandwich mozzarella-anchois, frit, pour 1€90. Une aubaine pour une ville comme Venise !

Fast-food vénitien

Fast-food vénitien

Venise où d’ailleurs la confrontation avec le tourisme « traditionnel » fut difficile. Après plusieurs semaines de vie un peu en solitaires, ponctuées par des soirées avec un ou deux hôtes, l’arrivée à la gare de Venise a constitué un choc. Ah oui, l’arrivée à la gare, car nous n’avons pas pu nous rendre à Venise en vélo. C’est tout simplement interdit, la route menant sur la lagune étant trop fréquentée. Les rues principales, les ponts, les places étaient pleines de monde.

Venise

Heureusement, il y a suffisamment de place pour tout le monde si on s’écarte un peu des grands lieux touristiques (la Piazza San Marco, le Rialto…). Nous avons donc passé la majorité de notre temps à nous promener dans les ruelles, à longer les petits canaux, cherchant l’ombre et surtout le calme. Une fois l’agitation oubliée, on se rappelle que la ville est très belle, et que, même si elle n’a pas été conçue pour les vélos, ne pas voir de voiture de la journée fait du bien. Nous admirons les façades colorées, le linge qui sèche aux fenêtres, les marches des palais qui descendent directement dans le canal, les maisons qui s’enfoncent doucement sous le niveau de l’eau…

Venise

Nous avons aussi profité de cette journée pour nous rendre au musée d’Art moderne, attirés (ou plutôt attirée?) par la mention de Chagall sur le guide touristique. Bon, il y avait UN Chagall dans la collection du musée, mais pas le temps d’être déçue, on a vu Judith II de Klimt, plusieurs très belles œuvres de Rodin et surtout, on s’est perdus dans les salles du Musée d’art oriental, à l’étage du dessus.

Les Penseurs

Les Penseurs

Vous voyez, on croyait aller à la rencontre des gens, mais on fuit déjà le monde. « Trop de touristes ! » Facile à dire, quand nous-mêmes on se fond dans la masse pour ces journées de pause. La bonne nouvelle, c’est que le lendemain, on est contents de retrouver les vélos et le calme de notre pedalata. Pour notre défense, il est difficile de rencontrer des gens en étant perdus au milieu de la foule.

Nous préférons finalement la route et la campagne, où il nous est permis de frapper aux portes pour faire de belles rencontres. Père Raoul ou la famille d’Elisa sont de celles-ci, des rencontres surprises qu’on aurait pu ne pas faire si on avait frappé chez les voisins. Couchsurfing des villes, hospitalité des campagnes.

Merci à Elisa et sa famille !

Elisa et sa famille. Grazie mille !

En Italie, on a essayé de trouver un équilibre entre les deux, même si on conserve une impression générale de vide dans les villages : la seule différence entre un village habité et un village abandonné comme on en voit parfois, ce sont les chiens qui aboient inlassablement à notre passage. On ne voit même pas d’agriculteurs dans les champs ! « Attention au chien », « Propriété privée », « Entrée interdite », « Surveillance vidéo ». Autant de panneaux qui découragent un peu d’aller frapper aux portes le soir venu.

Risquée dans les villes car impossible de se replier sur un bivouac, difficile dans les campagnes car les refus de nous héberger sont nombreux, la rencontre surprise se fait rare en Italie. Cela rend d’autant plus importants à nos yeux les petits et grands gestes d’attention et d’hospitalité, mais nous pousse aussi un peu plus vers la Croatie. On espère y trouver un peu plus d’ouverture et de spontanéité, et surtout y changer un peu d’air.

Villes nord-italiennes, on vous a trouvées très belles, trop belles peut-être, en tous cas victimes de votre succès. Prêtez donc un peu d’animation à vos campagnes, qu’elles sortent de leur repli pour briller elles-aussi aux yeux des voyageurs !

Il est quand même triste de se voir dire que les campagnes sont « dangereuses », qu’il y a trop d’« étrangers », alors que dans le même temps les touristes sont choyés dans les villes. Deux régimes d’ « étrangers » dans le nord de l’Italie. On nous parle beaucoup des migrants que nous allons croiser sur notre route, avec une pointe d’inquiétude dans la voix. Difficile de tenir une conversation sur ce sujet sans se heurter à une certaine peur de l’autre. On n’est pas sûrs de la case dans laquelle nous-mêmes sommes rangés par les habitants des campagnes que nous traversons. Nomades, touristes, curiosités ? Beaucoup nous ignorent, quelques-uns nous sourient, peu nous accueillent.

Merci donc encore à ceux qui démentent cette impression générale que nous avons eue, et vivement d’autres horizons ! Point d’inquiétude, nous avons tout de même passé deux très bonnes semaines en Italie, nous sommes faits plein de super souvenirs, avons rencontré des gens très accueillants et les villes nous ont énormément plu (mention spéciale à Mantova, cœur cœur) !

PS : L’Italie du Nord est belle en surface. C’est à la télé (la tivu) que l’on apprend la nouvelle : à Padoue, un parc a été interdit aux adultes autres que des parents avec enfants, après que des réfugiés s’y soient installés en journée.

10 commentaires

  1. Magnifique article qui nous fait vraiment partager ce que vous avez vécu et ressenti au travers de vos visites et rencontres. Espérons que les Croates vous ferons découvrir encore de nouvelles sensations..
    Bisous !!!

  2. http://lmdldzr.com/
    Pour ceux que ça intéresserait, le cercle blanc composé de symboles étranges sur une porte le long des canaux de Venise c’est une intervention de Mehdi, un artiste parisien qui se fait connaître dans la rue sous le nom de “Module de Zeer”.
    Très sympa ce récit de voyage en tout cas, je continuerai à vous suivre !

  3. Ces belles rencontres avec vos hôtes sont d’autant plus touchantes dans ce contexte qui y est moins propice… Qu’elles soient nombreuses dans la suite du voyage!
    Toujours avec le plaisir de vous suivre et de vous lire, des pensées et gros baisers à tous les deux.
    Nathalie

  4. C’est le métier d’homme qui rentre semble t’il… Le monde serait il pareil partout, fait de peur, d’enthousiasme et hospitalité malgré tout… Ne gardez que les beaux souvenirs, ils commencent à peser leur poids, c’est bien, délestez vous des mauvais, pédalez léger quoi… Je vous embrasse… Après le grand mur ou les alpes, les tours des familles italiennes, le trône de Venise sur l’ile de Torcello (t’en rappelles tu Rémi?), l’hiver qui arrive, j’attends une photo des 3 dragons de Daenerys… Ce sera mon défi…

  5. C’est passionnant, je me régale de vous lire !
    Bonne route 🙂
    Odile

  6. Merci pour l’info ! Là, c’était juste en face du musée d’art moderne de Venise.

  7. Bonjour nous sommes les parents de Gaspard qui est en CE1 à l’école Jean Moulin de Loiron . Nous vous suivons également. Quelle aventure! Bravo !

  8. Coucou! Alors ça n’avance pas vite… Nous sommes encore devant vous! Nous sommes à Zadar pour 1 jour ou 2 (cela va dépendre de la météo, un peu capricieuse en ce moment…). Nous avons fait l’ile de cres et mali losinj et avons pris le ferry pour Zadar hier. Nous longerons la côte ensuite vers Split. Nous avons hâte de vous rencontrer! Les cham à vélo.

  9. vous êtes très courageux car vous faite le tour du monde à vélo .

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