On the Kingsroad

La Parenzana nous emmène de Trieste jusqu’à Poreč (« Porètch »), une petite station balnéaire sur la côte croate. La saison touristique est finie et les rues ne sont pas trop bondées, ce qui nous laisse profiter des vues magnifiques sur l’Adriatique. Ce soir-là, nous sommes accueillis par Zoran, un guide aventure qui habite à Poreč en été et rentre l’hiver dans les montagnes près de Zagreb, la capitale. Nous monnayons un peu de riz-au-lait contre de la bière artisanale du coin (très bonne) et quelques mots de croates dont nous aurons besoin pour survivre. Par exemple :

Bonjour : Dobbar dan
Au revoir : Doviđenja (« dovidjénia »)
Je cherche de l’eau : Tražim voda (« trajim voda »)
Dans quelles direction est Rijek ? : U kojem smjeru je Rijeka ? (« ou koyèm smièrou yè Riyèka? »)

Merci Zoran !

Merci Zoran !

Direction Rijek, donc ! Nous rentrons dans les terres pour traverser l’Istrie, cette péninsule qui occupe le Nord-Ouest du pays. C’est une région vallonnée que nous découvrons, tissée de petits villages et de hameaux espacés les uns des autres. Ici, on aime bien construire les villages tout en haut des collines ; c’est très joli, mais difficile d’y accéder ! Nos cuisses se souviennent encore de l’ascension jusqu’au village de Sv. Petar U Šumi (oui, «  Šumi » veut dire « sommet »). Par chance, c’est aussi ce soir là qu’on se voit offrir du vin fait maison par le propriétaire du pré dans lequel nous campons !

Istrie

Les collines de l’Istrie

On retrouve la côte le lendemain, de l’autre côté de la péninsule. Nous arrivons à Rijek en suivant la route du littoral. Toute la côte croate est bordée de (petites) montagnes, qui ne laissent qu’une bande étroite pour construire les villes. La route est perchée sur le flanc de la montagne, et donne une vue magnifique sur la mer et l’île de Cres (« Tsrès ») qui nous fait face. Seul hic : le vent qui souffle par bourrasques violentes, jusqu’à nous déporter légèrement parfois. Pas vraiment de danger, puisqu’il y a peu de voitures. Ce soir-là, on campe une dizaine de kilomètres avant le centre de Rijek, à quelques mètres de la mer : le paysage est magnifique, nous sommes contents d’être en Croatie !

Bivouac

Petit déjeuner face à la mer à Rijek

Au petit matin, nous sommes réveillés par les aboiements de Simba, visiblement énervé par notre tente (on connaît son nom parce qu’on a entendu son maître le hurler). Après quelques heures dans les rues de Rijek (le centre n’est pas si grand que ça), on reprend la route vers l’Est. Et là, problème : le vent, déjà fort la veille, a redoublé d’intensité. C’est à la bora que nous avons affaire, vent caractéristique de la région, avec des rafales pouvant aller jusqu’à 150 km/h. Autant dire que nous ne faisons pas les malins sur nos vélos. Nous préférons nous arrêter dans une petite taverne à vingt kilomètres de là en attendant que ça passe. Manque de chance, d’après le serveur, il y en a pour au moins cinq jours.

Rijek

Dans les rues de Rijek

Comment faire ? Après avoir étudié les différentes possibilités, on décide de rejoindre le petit village de Škrljevo (nous non plus on n’arrive toujours pas à le prononcer !) à trois kilomètres. Notre but : y prendre le train pour rentrer dans les terres. L’ascension est difficile mais on finit par y arriver, épuisés par les éléments.

Gare

La gare de Škrljevo

Un grand sage nous a dit un jour : « c’est après les pires galères qu’on a les meilleures expériences ». Et ça s’est vérifié ! Fatigués, grelottant de froid, nous avons élu domicile sur le premier terrain vide que nous avons pu trouver. Des bourrasques ont failli nous arracher la tente. Alors qu’il faisait déjà nuit noire et que nous nous apprêtions à nous coucher, une voiture se gare sur le terrain. Je m’approche pour nous présenter au propriétaire des lieux, qui se révèle être une jeune femme à peine plus vieille que nous. Passé l’instant de surprise initial, Tena nous invite chez elle pour boire le thé. Pour nous, on passe de l’enfer au paradis. Tena et son frère Marko, qui arrivera plus tard dans la soirée, nous offrent thé, chocolat, soupe (à l’arsenic) et même un lit ! Nous ne cachons pas notre reconnaissance. Nous avons passé une soirée très chaleureuse à discuter avec eux.

Tena et Marko (et Ža)

Merci mille fois, Tena et Marko ! (et Ža)

Difficile de quitter le lit le lendemain, d’autant plus qu’on se lève très tôt pour attraper notre train. La gare est très petite, il y a seulement un bureau pour les contrôleurs. Quand le train arrive, il faut soulever nos vélos de plus d’un mètre pour les faire entrer dans le wagon (40 kilos à bout de bras, c’est lourd). Impossible d’acheter les billets à la gare, cela se fait dans le train. Lorsqu’on croise le contrôleur, il prend cinq bonnes minutes à chercher les tarifs et à griffonner sur son carnet pour nous produire un billet.

Train

Lecture dans le train

Après un trajet de deux heures dans les montagnes, nous descendons en gare d’Ogulin. Ici, pas de bora, mais il fait froid. Notre objectif : le Parc National de Plitvice (prononcer « plitvitsé ») et ses mille cascades.

Gare

Arrivée en gare d’Ogulin

La route vers Slunj serpente à travers de petits villages et Salomé passe la matinée à crier pour « éloigner les ours » (et les lynx, et les loups). Elle me montre du doigt des trous à fond plat qu’on voit ça et là dans le paysage (des dolines, dans le jargon de géographe). On croit également lire sur quelques maisons en ruine les vestiges laissés par la guerre de 1991…

Une maison en ruines

Une maison en ruines

Une doline

Ce trou, c’est une doline !

Près de Plitvice, la circulation s’intensifie et on se fait sans cesse doubler par les bus de touristes : on sent qu’on approche d’une attraction. On prend un jour de pause pour visiter le parc et c’est magnifique ! Un contexte géologique particulier a permis à une multitude de petits lacs de se former. Ils sont étagés comme les marches d’un escalier et sont reliés par de petites cascades. L’eau est transparente et la végétation luxuriante (et j’ai pas dit ça pour avoir une rime en « ante »). C’est très beau, même sous la bruine qui nous accompagne toute la journée.

Bof.

Bof.

Les jours qui suivent nous font découvrir un nouveau visage de la Croatie : celui de l’intérieur des terres. Il y fait beaucoup plus froid et nuageux que sur la côte, le relief est très marqué et les villages sont très espacés, au point qu’on a parfois l’impression de traverser une contrée déserte.

Route en chantier

VTT sur le chantier

On descend dans les villes pour mieux remonter ensuite, on apprend que le jambon de Drniš a été goûté par George W. Bush et la reine d’Angleterre, et on se fait réveiller au milieu de la nuit par des fêtards rentrant de soirée et arrêtant leur voiture au milieu de nulle part pour une pause pipi. On retrouve la côte à Split, deuxième ville du pays, après avoir franchi l’imposant massif du Velebit.

Sur la route de Split

Sur la route de Split (dédicace à Alice)

Les abords de la ville sont horribles. En plus des immeubles de béton qui se ressemblent tous, tout a été pensé pour les voitures. Pour rentrer et sortir de la ville, il faut passer par une quatre voies, et pour aller dans le centre, c’est une 2×3 voies. On passe littéralement deux heures pour faire les cinq kilomètres qui nous séparent de Podstrana, où on doit passer la nuit chez Tomislav. Heureusement, ce soir, on a pu cuisiner des crêpes !

Sur la route de Split

Sur la route de Split

On revient à Split le lendemain en suivant une petite route qui longe la côte. Le centre historique de la ville est aux antipodes de ce que nous avons vu la veille. On se perd dans de petites ruelles animées qui serpentent entre des maisons de pierre, c’est très agréable ! Tout le centre historique est en fait un palais fortifié construit à l’Antiquité par l’empereur Dioclétien!

Split

Le centre de Split

Nous quittons Split en empruntant un ferry qui rejoint l’île de Korčula (prononcer « kortchoula »). Nous traversons la petite île d’ouest en est, passant de la ville de Vela Luka à celle de Korčula, petite cité médiévale avec plein d’escaliers (super pour les vélos!). Fait intéressant, les ruelles orientées à l’Ouest de la ville ont été construites de manière rectiligne pour faire rentrer la fraîcheur l’été, tandis que celles orientées à l’Est sont courbées pour entraver le passage de la bora l’hiver.

Ferry

Arrivée sur l’île de Korčula

Un petit ferry plus loin, nous voici de retour sur une mince péninsule reliée au continent. On retrouve vite la route du littoral, très fréquentée, qui nous mène jusqu’à notre objectif : Dubrovnik ! Fameuse pour son utilisation comme décor dans la série Game of Thrones (c’est la capitale, King’s Landing), la vieille ville de Dubrovnik est impressionnante de par son état de conservation (elle a été en grande partie reconstruite après les bombardements de 1991). Elle fut construite sur une île, qui est devenue une péninsule par la suite lorsque le chenal a été comblé.

Dubrovnik

Dubrovnik

En arpentant les rues, on se croirait véritablement revenu à la Renaissance, apogée de la République de Dubrovnik qui contrôlait alors tout un territoire. On entre dans la ville par un pont-levis qui nous fait passer sous des remparts imposants (SPOILER !!! là où Joffrey exposait la tête de Ned Stark à sa fille), on traverse la rue principale pour arriver à la place d’où étaient annoncés les nouveaux décrets, on aperçoit le palais ou siégeait le Recteur, élu pour un mois par la noblesse pour diriger la cité (il lui était interdit de quitter le palais pendant ce temps !), et on descend les escaliers sur lesquels Cersei Lannister entame sa pénitence. Seul bémol : c’est très touristique ! La ville, victime de son succès, ressemble à un parc d’attraction à ciel ouvert…

La fontaine de Dubrovnik

La fontaine de Dubrovnik, qui fournit l’eau de la cité

Côté cuisine, on a pu constater un goût certain des croates pour la viande cuite sur le grill. On a testé le topla čokolada, sorte de chocolat chaud très épais (à distinguer du kakao, simple chocolat en poudre dilué dans du lait). En plus des crêpes, on a cuisiné une bonne confiture avec des figues cueillies sur un terrain de bivouac, et on a appris à faire du yaourt ! (je ne vous parle pas du degré de perfection lorsqu’on combine les deux).

Plage croate

Beau temps sur la plage

Nous avons été bloqués quelques jours par la pluie dans un camping proche de Dubrovnik, mais on reprend la route vers le Monténégro, l’Albanie, puis la Macédoine et la Grèce. Prochain objectif : Istanbul ! Merci à tous pour vos messages et vos commentaires, ils nous font très plaisir !

(Pour toutes les photos, allez voir par ici !)

8 commentaires

  1. Bonjour Salomé et Rémi,
    Nous sommes les élèves de la clé 2 (classe d’IME au collège) de Marigny. Nous vous suivons depuis le début de votre aventure.
    On aimerai savoir quelle est la langue parlée en Croatie? et comment on dit bonjour dans cette langue?
    Est-ce qu’il y a un plat typique en Croatie?
    Y a-t-il un décalage horaire par rapport à la France?
    Est-ce qu’il fait beau là-bas?
    N’êtes-vous pas trop fatigués?
    Bon courage pour la suite !! Nous vous suivons avec plaisir…
    Wilfried, Thibault, Enzo, Allan, Kévin et Sullivan.

  2. Re et re et re plaisir de vous lire..
    On voyait bien que la petite flèche bougeait, qu’elle sautait des bras de mer et qu’elle rebondissait, qu’elle laissait une traînée de pointillés mais on était loin de supposer bora, pluie, relief, ours et lynx…
    Je supposais plage et faniente…
    Figues, yahourts, crêpes, riz au lait…………….. No comment (là, c’est pour la rime). Je vous bise…

  3. Merci beaucoup pour ce récit détaillé, qui se lit, comme à chaque fois, avec grand plaisir et moult sourires. Imaginer dans un même récit Simba et Game of Thrones… qui l’aurait osé?
    Et toujours un régal de photos….
    Toujours des pensées vers vous, et de gros baisers.
    Nathalie

  4. J’avais déjà eu quelques épisodes. Les photos sont magnifiques !
    La Bora vous a permis de découvrir de très beaux espaces…ça donne envie !
    Enormes bises

  5. Merci pour votre message nous adorons les lire Bon Courage de Clément Et Mathéo

  6. Jolie progression vu de chez nous! Bientôt tous les petits et grands plaisirs de la Grèce à votre portée…. Mais certainement déjà beaucoup de belles découvertes tout au long du chemin depuis Dubrovnik.
    Gros baisers.
    Nathalie

  7. Bonjour à vous deux
    Beau voyage avec la découverte de pays, de culture et de rencontres tous plus beaux les uns que les autres. Nous suivons avec passion votre périple et sommes friand de vos récits.
    Bon courage à vous

  8. TROP COOL !! Vous faites rêver ! Bonne continuation 🙂

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