Sur la via Egnatia, ou à la recherche d’Alexandre

Avant toutes choses : si l’icône de haut parleur en haut à droite de cette page a échappé à votre œil acéré, essayez de cliquer dessus pour écouter quelques-uns de nos enregistrements pendant votre lecture !

Il y a deux semaines, nous quittions l’Albanie pour entrer en Macédoine. Les paysages changent presque brutalement, on sent qu’on entre dans un pays plus riche : les routes lisses, bien délimitées, traversent de grands vergers dans lesquels les fermiers s’activent pour récolter les pommes.

Entrée en Macédoine

Au revoir, l’Albanie !

Notre objectif de l’après-midi : traverser le parc naturel de Galičica (ou plutôt Галичица, car les Macédoniens utilisent l’alphabet cyrillique). Pour ça, il faut franchir le col de Baba à 1568m ; la montée prend un peu plus de temps que prévu, et quand on descend la nuit commence à tomber. On plante la tente sur les rives du lac de Prespa, dans un hôtel qui fait camping gratuit (oui oui).

Le lac Ohrid

En haut du col, vue sur le lac Ohrid

Sur la route de Bitola, deuxième ville de Macédoine, nous rencontrons deux cyclotouristes espagnols, Marta et Juanma : ils sont partis pour un an eux-aussi et tentent de rallier des écoles sur la route. On partage un énorme repas dans la rue principale de Bitola, avant de retrouver Natasha qui nous accueille pour quelques jours dans sa famille. Son fils Georges nous emmène découvrir une ville petite mais très agréable, entre sa grande rue piétonne pleine de cafés remplis à toute heure de la journée, son vieux bazar et ses nombreuses mosquées et églises orthodoxes.

Eglise orthodoxe

Une superbe église orthodoxe à Bitola

Et on mange. Beaucoup. Moussaka, baklava (pâtisserie feuilletée dégoulinante de sirop de sucre), du boza (boisson pétillante épaisse à base de levures), pšenkarnik (gâteau moelleux à la farine de maïs, fourré de quelques morceaux de fromage, servi avec du yaourt), bureks, sarma (du riz enroulée dans des feuilles de vignes), lutenka (une sauce pimentée à base de poivrons et de piments, à tartiner sur du pain) et pour le petit-déjeuner une sorte de pain perdu recouvert de kaymak (une pâte à mi-chemin entre la crème et le beurre). Le mari de Natasha cuisine très bien et nous fait découvrir toute la cuisine serbe ! Promis, on a copié des recettes.

Bureks et sarma

Bureks (pâte feuilletée fourrée) et sarma (feuilles de vignes qui entourent du riz)

L’estomac bien rempli, nous quittons la Macédoine pour entrer en Grèce, suivant sans le savoir le tracé de la via Egnatia. Une ancienne voie romaine qui allait de la ville de Dyrrachium (maintenant Durrës en Albanie) à Byzance, autrement dit Istanbul ! Les colonies romaines qui ponctuaient les étapes des voyageurs de l’Antiquité sont devenues les grandes villes dans lesquelles nous nous arrêtons sur la route de la Turquie : Edessa, Thessalonique, Kavala, Ipsala…

En route vers Edessa

Premiers paysages en Grèce

Première ville grecque sur la route donc : Edessa, juchée sur un plateau qui surplombe la plaine de Thessalonique. La pluie nous « contraint » à y passer trois jours en compagnie de Chrissi et ses deux petites filles Margarita et Marilena, entre cuisine et lecture de BD.

La cascade d'Edessa

A Edessa, il y a une grande cascade !

Le beau temps revenu, nous allons à Thessalonique (ou plutôt Θεσσαλονίκη). On est accueillis par Alex, qui nous fait découvrir le quartier tranquille de Kalamaria, son petit port et ses terrasses en bord de mer. Il nous fait part de cette question épineuse qui semble ravager la Grèce : qui peut revendiquer l’origine d’Alexandre le Grand ? La République de Macédoine (le pays) est en conflit avec la Macédoine (la région grecque dans laquelle nous nous trouvons) : d’un côté, nous avons visité la ville antique d’Héracléa à Bitola, fondée par le papa d’Alexandre. De l’autre, il semblerait que le grand conquérant soit né à Pella, en Grèce. Ce problème d’une grande importance fait que la Grèce à longtemps contesté le nom même de la République de Macédoine, si bien que celle-ci est connue aux Nations Unies sous le nom d’« Ancienne République Yougoslave de Macédoine ».

Thessalonique, vue depuis le balcon

Vue depuis le balcon de chez Alex à Thessalonique, dans le quartier de Kalamaria

Bon. En attendant, nous on continue vers l’Est. Ici il fait très beau, et on pique nique plusieurs fois sur la plage. La côte, probablement très touristique l’été, semble dépeuplée pendant l’hiver.

Capitaine ricochets

23 ricochets

Comme dans le reste de la Grèce, on croise beaucoup de chiens en liberté, pour qui le sport national semble être la poursuite des cyclistes. On parfait nos techniques d’esquive :

  • Technique n°1 : pédaler de toutes ses forces. Pas très efficace, ça ne fait que les exciter encore plus.
  • Technique n°2 : s’arrêter brutalement et crier « Non, ne t’approche pas ! ». Ils sont tellement surpris qu’ils se calment d’un coup.
  • Technique n°3 : retourner l’un des leurs. Pendant la pause déjeuner, laissez un chien s’approcher et caressez-le un peu pour qu’il devienne votre ami. Il vous suivra pendant un bon kilomètre et repoussera tous les chiens qui voudrons vous attaquer. Technique éprouvée, c’est pas le plus efficace mais c’est très drôle à voir.
Notre copain

Une caresse pour l’amadouer…

Très vite, on quitte les grandes plages de Macédoine pour entrer en Thrace, région plus agricole et beaucoup moins fréquentée par les touristes. Devant nous, une plaine couverte d’immenses champs de coton, parsemée çà et là de petits villages. Le problème avec les plaines, c’est qu’il n’y a rien pour stopper le vent : pendant deux jours, on affronte un vent de face énorme.

Les bennes de cotons

Les remorques de coton

On observe les tracteurs transporter le coton fraîchement récolté, on entend les chants diffusés par les clochers des églises orthodoxes dans les villages. Celles-ci font peu à peu place à de petites mosquées et leurs minarets à mesure que l’on approche de la Turquie. On grimpe pour franchir la chaîne de collines qui nous sépare de la côte et nous voilà à Alexandroupoli, dernière grande ville grecque avant la frontière.

On descend vers la mer !

On descend vers la mer !

Notre dernière journée en Grèce, nous la passons à affronter une fois de plus le vent pour parcourir la cinquantaine de kilomètres qui nous séparent de la Turquie. Dès midi on n’en peut plus, si bien que l’on s’abrite dans une superbe pâtisserie et que l’on commande deux baklavas débordants de sirop de sucre. Miam.

Près de la frontière

Là-bas au loin, c’est la Turquie !

Quelques heures plus tard, on a la satisfaction de se faufiler à vélo devant la file de camions qui patientent pour faire contrôler leur cargaison devant la frontière. On montre nos passeports au moins quatre fois en passant parmi les nombreux militaires (nous sommes un peu intimidés…) et c’est bon, on l’a fait, nous sommes en Turquie ! Et plutôt fiers d’avoir pédalé jusque là ! Ce soir, on dormira à Ipsala, première ville après la frontière.

3000 kilomètres !

On a dépassé les 3000 kilomètres !

Je laisse à Salomé le soin de raconter nos aventures en Turquie plus en détail. Sachez juste que nous sommes arrivés à Istanbul ! Nous allons probablement y rester une bonne semaine encore, le temps pour nous d’obtenir nos visas iraniens. On en profite pour se reposer un peu, visiter cette ville énorme et goûter les délicieuses pâtisseries turques.

Entrée en Turquie

La Turquie, enfin !

Pour voir toutes les photos de Macédoine, c’est par ici ! Pour celles de Grèce, c’est par là.

15 commentaires

  1. Avec la bande son en accompagnement, c’est magique ! Vos photos sont superbes, et les chants et bruits de rue donnent parfaitement l’ambiance.
    C’est un vrai plaisir de vous lirécouter…..
    Enormes bises

  2. Complètement d’accord, j’adore la bande son!!!
    On n’ose pas dire qu’on les attend, qu’on les guette, qu’on les quémande vos posts, mais un peu quand même…
    Toujours un plaisir de découvrir les pays que vous traversez.
    Tout pareil, énormes bises……

  3. nous nous faites voyager et c’est très agréable – vos commentaires ainsi que vos photos nous font vivre chaque étape du séjour- 3000 kms parcourus cela fait pas mal – je suis impressionnée par les rencontres que vous faites –
    Merci pour votre communication – merci pour la carte que nous avons reçue – bisous de la part d’Yvonne et jo

  4. Super de partager vos aventures !!!
    On a vraiment l’impression d’être avec vous ….
    Bonne continuation et bises à vous 2

  5. Alors, alors, comment dire…. déjà, d’habitude (oui, on a vite pris l’habitude!), entre vos récits et vos photos, on reçoit un joli petit paquet d’émotions. Alors avec vos captations sonores en bonus… C’est vraiment très fort! Photos magnifiques, récit idem. Mention spéciale pour le très joli chien de l’entrée en Turquie. Palme de l’humour ex aequo: Salomé sous son parapluie et le Capitaine Ricochet. Et, bien-sûr, prix du jury pour la vue depuis le balcon chez Alex mais le jury a beaucoup hésité (tant de belles photos!). Sans oublier le passage des 3000. Congratulations!!!
    Toujours des pensées vers vous, des voeux de bons et beaux moments, de belles découvertes, de progression facile, de dégustations savoureuses et de toujours riches rencontres!
    Gros baisers à tous deux,
    Nathalie

  6. Merveilleux récits qui nous permettent de voyager avec vous
    Et avec le son c’est encore mieux
    Bravo à vous deux

  7. Des pensées, toujours, vers vous! Gros baisers!
    NaThalie

  8. 😀 😀 😀 😀 ………………………………………………..

  9. Des pensées précises vers toi, Salomé, pour votre arrivée dans ce pays rêvé et désiré! Caresses aux chats…….. 😉 Be

  10. Beau et bon séjour, voulais-je dire………
    Baisers.
    Nathalie

  11. Bonjour,

    Nous sommes les enseignantes de l’IME de Marigny et suivons votre trajet avec nos élèves.
    Nous vous avons déjà contacté par téléphone (Mme Lemoigne).

    Nous avons essayé à plusieurs reprises de vous envoyer des mails, et nous avons aussi écrit sur votre blog, mais nous n’avons pas eut de retour.
    Pourriez-vous nous répondre par mail : teichejulie@hotmail.fr
    afin que nos élèves puissent vous écrire.

    Nous prenons toujours plaisir à suivre vos aventures avec nos élèves.

    Bonne continuation

    Mme Corten et Mme Lemoigne

  12. Benjamin Desplanques de l’ école jean moulin de Loiron : Bonjour rémi et salomée je vous suis de temps en temps et je trouve que vous voyez de très beaux paysage. Au revoir

  13. Bonjour c’est Simon de l’école Jean moulin de Loiron. Comme je vois vous êtes toujours aussi gourmand, vous avez raison il faut gouter a tous. Pas trop dur les 3000 kilomètres? Est ce que c’est dur de monter les cols?

  14. Salut Simon ! Tout va bien, les pâtisseries qu’on mange partout nous donnent des forces pour gravir les cols les plus hauts !

  15. Bonjour,
    Toutes mes excuses de mon absence lors de votre passage à Istanbul, ça aurait été un grand plaisir de vous accueillir à Kadiköy et de vous offrir un « çay » accompagné de quelques baklavas face à Sainte Sophie.
    Je viens de découvrir votre site et c’est un régal, je vous félicite car il permet de vous accompagner dans de superbes paysages avec des commentaires savoureux.
    Je vois que vous êtes désormais en Iran, vous allez pouvoir continuer à apprécier la gentillesse et la tradition d’accueil moyen- orientale.
    Je vous souhaite un excellent séjour en Iran en attendant vos commentaires car moi aussi j’envisage d’aller y faire un tour mais de façon plus pépère et donc avec un bilan CO2 que je n’ose pas avouer.

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